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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Au procès du 13-Novembre, l’ancien chef du renseignement extérieur passe à table
Article mis en ligne le 18 novembre 2021
dernière modification le 17 novembre 2021

Entendu comme témoin, Bernard Bajolet, l’ancien directeur de la DGSE, n’a pas caché son « sentiment d’échec » de ne pas avoir su entraver les attentats du 13-Novembre. Il a aussi apporté à la connaissance de la cour d’assises de nombreuses informations inédites.

Entendu comme témoin, Bernard Bajolet, l’ancien directeur de la DGSE, n’a pas caché son « sentiment d’échec » de ne pas avoir su entraver les attentats du 13-Novembre. Il a aussi apporté à la connaissance de la cour d’assises de nombreuses informations inédites. (...)

Mais s’il a été cité comme témoin en ce 43e jour du procès, c’est en sa qualité de directeur de la DGSE en exercice le 13 novembre 2015. Même s’il a dû quitter son poste en 2017, atteint par la limite d’âge, il reste assujetti au secret-défense. (...)

Alors, disons-le, on ne s’attendait pas à de grandes révélations. Plutôt à une leçon sur l’art de l’esquive, en mode diplomatique, là où la semaine dernière l’ancien président de la République François Hollande l’avait administré, à la sauce politique, répondant à toutes les questions de façon brillante sur la forme pour éviter de répondre sur le fond. Aussi on doit confesser notre surprise : en deux heures tardives, mardi soir, Bernard Bajolet a livré l’air de rien beaucoup d’informations jusqu’ici ignorées de l’épais dossier d’instruction. (...)

Bernard Bajolet raconte son 13-Novembre en mission à l’étranger, « à des milliers de kilomètres », son retour de nuit, sa participation le lendemain matin au conseil de défense. Il y décrit l’ambiance : « Nous sommes abasourdis par l’ampleur du massacre et de ne pas être parvenus à l’empêcher. »

En détaillant « le sentiment d’échec qui est le [sien] », Bernard Bajolet confie : « Nous savions qu’un ordre avait été donné de frapper l’Europe, plus particulièrement la France, que des opérationnels avaient été sélectionnés et s’entraînaient dans ce but. Nous connaissions plusieurs de ces acteurs et pourtant nous n’avons pas pu entraver cet acte. » Jamais, à notre connaissance, un haut fonctionnaire n’a été aussi loin dans le détail de ce que savaient les services de renseignement français en amont des attentats qui allaient faire 131 morts. (...)

Abaaoud a rejoint la Syrie. Un mois plus tard, en février 2015, il donne de ses nouvelles en accordant un entretien à un magazine de propagande de l’État islamique. « Entre cette date et le 16 novembre nous ne saurons précisément jamais où était Abaaoud », avoue Bernard Bajolet. (...)

Il rapporte « une intox délibérée », là encore à notre connaissance inédite. Le 6 novembre 2015, le petit frère d’Abaaoud qui combat dans les rangs de l’État islamique téléphone à sa famille en Belgique et leur dit dans la conversation « Je suis à côté d’Hamid » alors que celui-ci a rejoint l’Europe depuis le début de l’été. (...)

Bernard Bajolet reconnaît également que son service n’a pas travaillé que sur le coordonnateur des attaques qui ont endeuillé les rues de Paris. « A posteriori, sur les dix membres du commando, nous en connaissions six ou sept. » (...)

Au printemps 2014, comme Mediapart l’avait révélé, la DGSE avait recensé dans une note les Français représentant, selon elle, un danger. Y figurait, un an et demi avant le Bataclan, l’Alsacien Foued Mohamed-Aggad. La DGSE n’avait jamais admis avoir travaillé sur tous les autres membres du commando, à l’exception des deux Irakiens s’étant fait exploser au Stade de France, précise Bernard Bajolet qui ne caractérise pas le troisième membre du commando inconnu de son service.

En revanche, il lâche une autre information, pas surprenante mais une fois de plus jamais verbalisée jusqu’ici : le Belge Oussama Atar, le principal cerveau des attentats, « était suivi par nos services depuis 2004 »… Date à laquelle Atar avait rejoint l’Irak pour venir grossir les rangs d’Al-Qaïda en Mésopotamie, la matrice du futur État islamique. (...)

Lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire, Bernard Bajolet avait suscité un certain émoi en déclarant alors : « Nous connaissons le commanditaire, mais je resterai discret sur ce point. » Ce qui avait entraîné fin juillet 2016 son audition dans le cabinet du juge instruisant le dossier du 13-Novembre. « Je ne peux pas donner le nom du commanditaire et de ses collaborateurs en raison de la sensibilité de nos sources », avait-il déclaré alors avant d’insister à propos d’une éventuelle demande de déclassification de notes de la DGSE sur le sujet que cela « mettrait en danger la vie de nos sources sur le terrain ».

Interrogé mardi soir par Me Didier Seban, un avocat de parties civiles, sur ce commanditaire mystère, Bernard Bajolet donne le nom de celui à qui il pensait si fortement devant la représentation nationale : « Aujourd’hui je peux en dire un peu plus. Je pense à ce moment-là à Oussama Atar. Mais, devant la commission d’enquête, si je révélais son surnom, il en aurait changé immédiatement et ça aurait perturbé nos recherches. » (...)

Lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire, Bernard Bajolet avait suscité un certain émoi en déclarant alors : « Nous connaissons le commanditaire, mais je resterai discret sur ce point. » Ce qui avait entraîné fin juillet 2016 son audition dans le cabinet du juge instruisant le dossier du 13-Novembre. « Je ne peux pas donner le nom du commanditaire et de ses collaborateurs en raison de la sensibilité de nos sources », avait-il déclaré alors avant d’insister à propos d’une éventuelle demande de déclassification de notes de la DGSE sur le sujet que cela « mettrait en danger la vie de nos sources sur le terrain ».

Interrogé mardi soir par Me Didier Seban, un avocat de parties civiles, sur ce commanditaire mystère, Bernard Bajolet donne le nom de celui à qui il pensait si fortement devant la représentation nationale : « Aujourd’hui je peux en dire un peu plus. Je pense à ce moment-là à Oussama Atar. Mais, devant la commission d’enquête, si je révélais son surnom, il en aurait changé immédiatement et ça aurait perturbé nos recherches. » (...)

« On a une vraie sensation… conclut Me Chemla. J’entends qu’il y a eu des attentats déjoués. On sait qu’ils arrivent mais on a l’impression qu’on est dans une brume épaisse qui ne vous permet pas d’agir efficacement. »

À la barre, Bernard Bajolet abonde : « Je comprends très bien cette sensation. Pour mon service, les attentats du 13-Novembre représentaient un échec. » Lors de son propos liminaire, l’ancien patron de la DGSE avait pris garde de souligner : « Bien sûr, nous pouvons mettre en avant que nous avons continué à déjouer des attentats avant et après [le 13-Novembre - ndlr], mais ceci ne peut réduire la douleur des familles. »

Là, après l’intervention de Me Chemla, il précise que « les attentats que nous avons déjoués par définition ne sont pas connus ». Et il révèle la contribution de son service à éviter un attentat « qui aurait pu être très meurtrier ». Cela devait se passer en Belgique à l’occasion de l’Euro de foot en 2016. Il évoque un autre projet à Marseille (...)

Quand vient son tour, le ministère public s’abstient de poser la moindre question. Bernard Bajolet en a déjà beaucoup dit.