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Au pied du Mont-Blanc, les habitants ne supportent plus la pollution de l’air
Article mis en ligne le 26 juin 2021

Dans les Alpes, la vallée de l’Arve accumule les preuves de son haut degré de pollution. Début 2021, de nouvelles analyses alarmantes ont été dévoilées par le collectif de citoyens Coll’Air Pur. Mais les réactions des pouvoirs publics semblent avoir beaucoup de mal à dépasser le stade du discours.

« On est des réfugiés climatiques. » Ketty Bertolotti a quitté la vallée de l’Arve en octobre 2020, pour fuir « le dôme de pollution persistant » qui flottait au-dessus de Domancy, la commune où elle résidait dans le bas de la vallée. « Tout l’hiver en sortant de chez moi avec mes trois enfants et en voyant cette brume épaisse de pollution, je me disais que ce n’était plus possible de vivre ici. Je culpabilisais. »

L’hiver 2016 a fini de convaincre Ketty et sa famille de quitter la vallée. Durant trente-cinq jours consécutifs, la pollution de l’air avait atteint des niveaux records, bien supérieurs aux valeurs limites européennes. Les enfants ne pouvaient parfois plus sortir à la récréation, et des manifestations éclataient partout dans la vallée de l’Arve, de Chamonix à Passy. « Honnêtement, si j’avais eu une bouteille d’oxygène à portée de main, j’en aurais pris », dit-elle en repensant à cet épisode. (...)

Désormais installée dans la région niçoise, Ketty Bertolloti ne regrette pas son départ. « Cet hiver j’ai regardé l’indice de la qualité de l’air autour de Saint-Gervais-les-Bains, le niveau de pollution était souvent au rouge, alors qu’ici, à Nice, on a passé presque toute la saison dans le vert. »

Avant de quitter la vallée, elle a accepté de faire participer ses trois enfants à l’étude menée par le collectif de citoyens Coll’Air Pur. En septembre 2020, trois centimètres de cheveux ont été prélevés à soixante-seize enfants de la vallée et à six adultes, avant d’être envoyés au laboratoire indépendant toxSeek. Les résultats de cette analyse, obtenus au début de l’année 2021 « sont très inquiétants », dit Mallory Guyon, cofondatrice en 2018 du collectif, et médecin généraliste dans la commune des Houches, voisine de celle de Chamonix-Mont-Blanc.

Des taux anormaux de cadmium cancérigène dans les cheveux des enfants (...)

En plus du cadmium, le laboratoire a informé le collectif que neufs profils d’enfants étaient particulièrement à risques, surexposés aux « terres rares » [1], et que certains profils étaient à surveiller en raison d’une présence anormale de plomb et de mercure, qui sont tous deux des substances neurotoxiques. La fille de Ketty Bertolloti faisait partie de ces profils « à risque », selon le laboratoire toxSeek. « On s’est demandé pourquoi c’était la seule de nos enfants qui présentait des taux aussi inquiétants. On s’est rendu compte que c’était la seule de nos trois enfants qui allait en classe près de l’incinérateur. » (...)

« Les élus remettent sans cesse en cause nos analyses, alors qu’ils connaissent très bien ces chiffres. Seulement, il ne faut pas faire peur aux habitants ou aux touristes », déplore Muriel Auprince, autre militante au collectif. « On demande de prendre en compte ces analyses pour réfléchir à des solutions. »

Le collectif tente d’apporter des solutions dans la vallée avec la création d’une recyclerie du Mont-Blanc et d’un Repair Café pour recycler les déchets et ainsi éviter leur incinération. Le tri des déchets dans la vallée de l’Arve est pour le moment « quasi inexistant », selon Muriel Auprince. « On se croirait à la préhistoire par rapport à d’autres régions, puisque ici on ne cherche pas à trier les déchets mais à les brûler. » (...)

Un constat partagé par l’association Alternatiba ANV-COP21 qui multiplie les actions spectaculaires depuis le début de l’année pour réclamer plus d’actions en faveur de la qualité de l’air. « S’il y avait des politiques publiques plus ambitieuses pour le compost et le tri, on brûlerait moins de déchets », affirme Nicolas Orsier, militant à Alternatiba ANV-COP21.

Contacté par Reporterre, Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains et président de la communauté de communes du Mont-Blanc, se dit prêt à agir sur le dossier de l’incinérateur (...)

Le transport routier joue lui aussi un rôle dans la qualité de l’air de la vallée. Plus de mille camions montent chaque jour dans la vallée vers le tunnel du Mont-Blanc. Le 13 mars 2021, les militants d’Alternatiba ANV-COP21 ont mis en place un faux péage sur l’autoroute pour réclamer plus de ferroutage et des moyens pour financer le report modal, c’est-à-dire permettre aux poids lourds d’emprunter les rails plutôt que le tunnel. « Les structures qui permettraient de mettre les camions sur les rails existent, mais on ne les utilise pas. On se demande s‘il y a une volonté politique sur cette question », dit Nicolas Orsier.

Macron passé, rien n’a changé (...)

L’inertie des pouvoirs publics dans la vallée a d’ailleurs été reconnue en novembre 2020 par le tribunal administratif de Grenoble, qui avait souligné une « carence fautive de l’État » dans sa lutte contre la pollution de l’air. (...)

D’autres sources de pollutions existent dans la vallée de l’Arve, notamment l’industrie métallurgique et le chauffage individuel au bois. Ces polluants s’ajoutent à ceux de l’incinérateur et du trafic routier pour constituer un cocktail toxique pour les habitants. (...)

En juin 2020, une fille de douze ans résidant à Sallanches, juste à côté de Passy, est morte de plusieurs tumeurs au cerveau. Sa disparition pourrait en partie être due, selon certains médecins, à la pollution de l’air.

« Lors des pics de pollution, on a des pics de consultations, observe la docteure Mallory Guyon, principalement pour des problèmes pulmonaires, cardiovasculaires ou ORL. De l’asthme, des bronchites, des otites ou des toux de laryngites par exemple ». Cette toux est d’ailleurs si répandue au pied du Mont-Blanc qu’elle a gagnée le nom de « toux de la vallée ».