Les fonctionnaires du ministère de la Transition écologique n’en peuvent plus : surcharge de travail, services désorganisés, sous-effectif durable, hiérarchie aux abonnés absents, efforts vains quand Bercy remporte tous les arbitrages... Beaucoup s’interrogent sur le sens de leur emploi lorsque les politiques menées sont totalement en deçà de ce qu’exige l’urgence climatique.
Ce sont les bons élèves du ministère de la Transition écologique. Des fonctionnaires de catégorie élevée avec des postes à responsabilités et des salaires à l’avenant. Ils travaillent au sein de l’administration centrale, proche des cercles du pouvoir et des ministres, mais ne sont pas pour autant préservés de la souffrance au travail qui touche les services décentralisés ; des parcs nationaux en passant par l’Agence française pour la biodiversité, ou l’Office national des forêts.
Reporterre a recueilli une dizaine de témoignages qui font état de cadences de travail infernales, de burn out, de perte de sens et d’une totale désorganisation des services. La récurrence des propos, confirmés par plusieurs syndicalistes, prouvent qu’il ne s’agit pas de cas isolés mais de problèmes structurels auxquels l’administration refuse de faire face. (...)
Première source de souffrance : la réorganisation des services utilisée pour masquer une constante réduction du personnel. (...)
Tous déplorent également une surcharge de travail qui les empêche de sortir la tête du guidon. (...)
Se taire ou risquer de cramer sa carrière (...)
Laura assure avoir déjà vu un directeur se faire remercier du jour au lendemain après avoir émis un avis qui aurait déplu au cabinet ministériel. Cela n’incite pas au courage de la part de la hiérarchie. (...)
« Je pense qu’il y a une maltraitance de l’administration d’État et des agents publics qui, à certains égards, ne serait pas tolérée dans le privé », déclarait Cécile Duflot, ancienne ministre de l’Égalité des territoires et du logement, dans un entretien donné au site Autrement Autrement en décembre 2020. (...)
La syndicaliste Isabelle Robert, estime que le haut encadrement peut se retrouver également en souffrance face aux injonctions contradictoires (...)
Les fonctionnaires étant soumis au devoir de réserve, ils ne peuvent aller à l’encontre des positions officielles de leur administration. (...)
Face à une telle situation, il n’est pas étonnant que beaucoup soient démoralisés. « Ils ne sont pas aveugles et voient bien qu’ils ne peuvent pas travailler de façon efficace par rapport à l’ampleur de la crise. Ils ont l’impression de ne pas être à la hauteur des enjeux, voire de faire des choses contre-productives », explique Erwan Lecœur. Ce sociologue a travaillé au sein du ministère pour rédiger un rapport sur les différents types d’apprentissage de la transition. « Les gens sont en dissonance cognitive permanente. Ils voudraient sauver le monde mais ne peuvent rien faire. » (...)
Autre aspect démoralisant : la toute puissance de Bercy dont beaucoup dénoncent l’influence néfaste. « Je me demande souvent pourquoi je bosse vu qu’on perd toujours nos arbitrages » (...)
« On finit par attendre que des associations s’en mêlent et aillent devant le Conseil d’État pour attaquer nos décisions. Et souvent, on ne peut pas leur donner tort. » (...)
« L’action [d’Extinction Rebellion] contre nous était justifiée. » (...)
Laura se voit plutôt comme un ultime rempart face aux lobbies : « Tant qu’on est là, ils ne gagneront pas totalement. On essaie de rester les garants du bien commun en sauvant les meubles entre deux réorganisations. La vie d’un fonctionnaire, c’est de s’en prendre plein la figure et, lorsqu’on arrive en fin de carrière, on peut se dire qu’il y aura deux ou trois choses qu’on aura réussi à préserver. » (...)
« Les gens qui vont faire des Zad, c’est ce qui pourrait faire changer le cap des gouvernants. Faute de réel contre-pouvoir, l’administration demeurera impuissante. »