Le commissaire adjoint est un homme grand, au visage doux, structuré par des sourcils un peu épais. Entre nous, le courant est tout de suite bien passé. Je viens au commissariat de Roubaix (Nord), lundi 2 novembre 2020, pour un reportage sur le reconfinement. À la fin d’une discussion, l’adjoint me propose un tour à la découverte de « la physionomie » de la ville. Il me montre d’abord un point de deal, où l’on vend de la cocaïne : « Là, c’est un immeuble social, avec que des personnes âgées. Le trafic de drogue est dans le hall, il y avait même un vieux qui guettait. » Puis un autre. « Là, on vient de fermer l’épicerie, une clandestine. C’était du blanchiment. »
Et puis encore un autre, vide. Les dealers viennent de s’enfuir. La brigade anticriminalité a trouvé 300 bonbonnes d’héroïne et de cocaïne et 250 g de cannabis dans un appartement à quelques numéros de là. Nous croisons les policiers à l’angle de la rue de Rome et de la rue de Naples. Dans ce quartier, surnommé « Petite Italie », se trouvent quelques-uns des 75 points de deal recensés à Roubaix. On y vend une quantité industrielle de cocaïne et d’héroïne, venues des Pays-Bas, et du cannabis produit localement, dans des bâtiments désaffectés. Ainsi, en 2019, la police en saisissait 8 000 plants (chaque pied peut rapporter jusqu’à 1 000 € par an) dans un entrepôt roubaisien. Record national. « Ces saisies, c’est le signe que les quantités en circulation augmentent, pas tellement que la lutte est plus efficace », précise une source au parquet de Lille. Dans le Nord, on parle en tonnes. Les réseaux sont internationaux. (...)
Au cours de mon année au commissariat de Roubaix, j’entendrai souvent parler de l’école Simone-Veil. En janvier 2021, un jeune dealer s’est débarrassé de quelques sachets de conditionnement près du parc pour enfants, avant de détaler. Dans sa fuite, il est entré dans l’école et a déclenché l’alarme. « Ça a fait tout un schpountz », dit le policier qui lui courait après. Les enfants ont eu peur. Les enseignants sont sortis des classes. Selon eux, les agents n’ont pas à poursuivre les dealers dans l’enceinte de l’établissement. « C’est quand même pénible, reprend le policier. Quand on n’est pas là, on se fait engueuler : “Mais que fait la police ?” Et quand on est là, c’est pareil, on se fait engueuler aussi. En fait, c’est jamais bien ce qu’on fait. » La directrice de l’école a fait remonter l’incident. Le maire de quartier a contacté la mairie de Roubaix qui a contacté le commissariat. La préfecture du Nord, le parquet de Lille et la direction départementale de la police nationale (DDSP) ont aussi été mis dans la boucle. (...)
La sécurité s’annonce comme l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle. Dans les débats, le regard sur la police est toujours réformiste. Il faudrait plus ou moins l’armer, l’encadrer, la former, recruter… 2/15
— Mikael Corre (@mikaelcorre) January 10, 2022
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