
Les jeunes professeurs et instituteurs dénoncent une précarisation de la profession, une privatisation du secteur et réclament le statut de fonctionnaire.
Leur colère ne s’apaise pas. Depuis bientôt sept semaines, des milliers de jeunes enseignants de l’éducation nationale recrutés par contrat à durée déterminée (CDD) continuent de crier leur mécontentement, peu convaincus par les propositions du gouvernement. Malgré les menaces de révocation et le gel de leur salaire, près de la moitié de ces enseignants poursuivent le mouvement de grève lancé le 3 mars partout à travers le Maroc, laissant quelque 300 000 élèves du primaire et du secondaire sans professeurs. (...)
55 000 jeunes professeurs ont été recrutés depuis 2016 pour combler le manque d’instituteurs après de nombreux départs à la retraite et lutter contre le sureffectif qui peut atteindre les soixante élèves par classe. « A l’époque, il a fallu agir vite et recruter des professeurs en urgence. C’est pourquoi mon prédécesseur a eu recours à la contractualisation, explique au Monde Afrique le ministre de l’éducation, Saaïd Amzazi. C’était la solution la plus efficace. Nous avons lancé un concours au sein des académies régionales et, en quatre ans, nous avons recruté 55 000 professeurs titulaires d’une licence, auxquels s’ajoutent 15 000 qui sont actuellement en formation. C’est une grande prouesse ! »
Mais, du côté des enseignants, cette politique de recrutement par contrat est perçue comme une tentative de privatisation de l’enseignement au Maroc. Car, s’ils ont les mêmes salaires que les fonctionnaires permanents (5 000 dirhams par mois, soit environ 460 euros), les jeunes recrues se plaignent de ne pas jouir des mêmes droits. (...)
Au Maroc, nous assistons à une généralisation du travail contractuel, un travail limité par le temps et l’espace. Cela signifie que l’employeur peut se débarrasser de l’employé facilement. Nous refusons cela. (...)
Depuis plusieurs années, l’enseignement public marocain fait l’objet de critiques récurrentes, notamment en raison de la baisse du niveau des élèves et du fort taux de décrochage scolaire, sur fond de privatisation continue du secteur. (...)
Appuyés par les principaux syndicats du secteur, les enseignants recrutés en CDD ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois pour réclamer le statut de fonctionnaire au sein de l’éducation nationale et des avantages qui vont avec, notamment l’accès à la Caisse marocaine des retraites.
« Menace »
Le 23 mars, une manifestation rassemblant des dizaines de milliers d’enseignants contractuels devant le Parlement à Rabat avait été dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de canons à eau. Le 20 février, une autre manifestation d’enseignants avait été dispersée par la police et fait plusieurs blessés. « C’est soit le mépris, soit la matraque ! », tempête Abderrazak Drissi, de la Fédération nationale des enseignants.
Au fil des semaines, le gouvernement, qui a gelé le salaire des enseignants en grève, a fait différentes propositions. « (...)
Depuis la rentrée scolaire du 15 avril, une partie des enseignants grévistes ont regagné leurs classes, le taux d’absentéisme étant passé de 65 % à 45 %. Les « contractuels tiennent toujours au statut de fonctionnaire » a toutefois tenu à rappeler la Coordination des enseignants contractuels dans un communiqué relayé par des médias locaux. Mais des milliers d’autres observent toujours une grève, qui n’est pas reconnue par les autorités. (...)