Le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-mer s’est déclaré mercredi incompétent sur la demande d’associations et exilés qui avaient assigné le préfet du Pas-de-Calais. Les humanitaires reprochaient au préfet l’évacuation "illégale" d’un campement de quelque 800 migrants à Calais fin septembre.
Ils avaient saisi la justice et assigné le préfet du Pas-De-Calais pour contester l’évacuation d’un camp de migrants à Calais fin septembre. Onze migrants et huit associations, dont la Fondation Abbé Pierre, le Secours catholique et l’Auberge des migrants, ont été déboutés mercredi 6 janvier par le tribunal de Boulogne-sur-mer, qui s’est déclaré incompétent.
Le juge a néanmoins considéré que "les témoignages produits ne permettent pas de conclure à l’emploi de la contrainte durant la phase de mise à l’abri", selon l’ordonnance du référé dont l’AFP a obtenu copie et a engagé les parties demanderesses "à mieux se pourvoir". (...)
Les requérants demandaient que soit jugée "illégale" l’opération menée le 29 septembre 2020 sur la zone dite du Virval, où campaient plus de 800 exilés. Il s’agissait de la plus importante opération de ce type depuis 2016, et le démantèlement de la "jungle" de Calais.
Selon les associations, cette expulsion fut chaotique et violente. Il y a eu "l’obligation, au petit matin (...), de monter dans des bus en direction de centres d’hébergements éloignés du Calaisis (Toulouse, Nice, Brest...), l’encerclement par les forces de l’ordre du terrain expulsé, le bouclage du périmètre empêchant les interventions des associations humanitaires et l’arrestation des personnes refusant de monter dans les bus". (...)
"On ira jusqu’au bout"
L’avocate des associations ne décolère pas. "Le juge dit, en parfait décalage avec la réalité, qu’il n’y a pas eu de contrainte ce jour-là", a réagi auprès de l’AFP Me Eve Thieffry.
"Nous avons un juge qui écrit noir sur blanc que la contrainte serait uniquement les violences policières. C’est dramatique !", a-t-elle ajouté. "Il n’y a plus de droit quand on est une personne en exil à Calais...", voyant dans cet "argumentaire indigne" une "manière de se voiler la face". (...)
Les associations doivent se réunir jeudi après-midi pour décider ou non de faire appel. "On ira jusqu’au bout", a assuré Me Thieffry. "Si la justice française n’est pas en mesure de dire correctement le droit, nous irons jusqu’à la Cour européenne s’il le faut". (...)