Après nos révélations (ici : https://t.co/8PtgdCJHi2), Louis Aliot réagit : « Comment il est possible que [...] les médias comme Mediapart soient mieux informés que nous ».
1. C'est notre métier.
2. C'est faux : le RN a été questionné par les enquêteurs de l'Office anti-fraude.
— Fabrice Arfi (@fabricearfi) April 19, 2022
Argent public : un rapport accuse Marine Le Pen de détournements, la justice saisie
Un rapport de l’Office anti-fraude de l’Union européenne, transmis il y a un mois à la justice française, accuse la candidate du Rassemblement national d’avoir personnellement détourné près de 140 000 euros d’argent public du Parlement de Strasbourg quand elle était eurodéputée. Révélations.
En meeting à Avignon (Vaucluse), jeudi 14 avril, Marine Le Pen a lancé depuis la tribune, la voix gorgée de promesses : « Je rendrai leur argent aux Français. Je remettrai à l’honneur la valeur travail et pour cela, nous nous attacherons à ce que le travail paye. » Problème, elle n’est peut-être pas la mieux placée en la matière.
La justice française a été saisie mi-mars d’un rapport accablant de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) de l’Union européenne (UE), que révèle Mediapart aujourd’hui. Le document vise en effet personnellement la candidate du Rassemblement national (RN), l’accusant d’avoir détourné l’argent public du parlement de Strasbourg quand elle y a siégé en tant que députée entre 2004 et 2017.
Au terme de son rapport long de 116 pages et siglé « sensible », l’Olaf préconise le remboursement par Marine Le Pen, à titre personnel, de la somme de 136 993,99 euros, correspondant à différents détournements de fonds imputés par l’organisme anti-fraude à la candidate d’extrême droite qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. (...)
Outre Marine Le Pen, trois autres ex-députés européens – son père Jean-Marie Le Pen, son ancien compagnon Louis Aliot et Bruno Gollnisch, membre du bureau national du RN –, ainsi que le groupe parlementaire d’extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL), sont directement mis en cause par l’Olaf. Le montant total des sommes réclamées s’élève exactement à 617 379,77 euros.
Les conclusions du rapport de l’Olaf sont assassines pour Marine Le Pen et son clan, qui revendiquent pourtant depuis des années le vieux slogan maison : « Mains propres et tête haute ».
« L’Olaf a conclu que le comportement des quatre anciens députés du Parlement européen (Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Marine Le Pen et Louis Aliot) a mis en péril la réputation des institutions de l’Union », peut-on lire dans le rapport.
Autre extrait : « Leurs actes intentionnels répétés au cours d’un certain nombre d’années […] et leur comportement inapproprié, compte tenu de leur niveau de fonctions et de responsabilités au Parlement européen, constituent des motifs suffisants étayant une faute grave commise par ces quatre anciens députés. Leur comportement et leur non-respect des règles signifient qu’ils devraient être tenus responsables de leurs violations graves. »
La justice française saisie mi-mars
D’après les informations de Mediapart, l’Olaf a transmis son rapport à la justice française le 11 mars dernier. « Il est en cours d’analyse », indique le parquet de Paris. Marine Le Pen, dont le parti est cerné par les « affaires », est par conséquent menacée d’un nouveau front judiciaire. (...)
Ce n’est pas la première affaire qui concerne l’usage des ses fonds publics européens : la candidate du RN est mise en examen depuis 2018 pour « détournements de fonds publics » dans un autre dossier, celui de ses assistants parlementaires européens. Marine Le Pen est soupçonnée d’avoir fait travailler pour le compte de son parti des collaborateurs payés par l’argent public européen, normalement au service exclusif du parlement de Strasbourg. Dans ce dossier, le Parlement européen, sur la base d’un premier rapport de l’Olaf, lui avait déjà réclamé en 2016 le remboursement de 339 000 euros de fonds, considérés comme le fruit d’une malversation.
Avec le nouveau rapport que révèle aujourd’hui Mediapart, cela porte au total à 475 000 euros (339 000 + 136 000 euros) le montant des fonds européens que Marine Le Pen est accusée d’avoir personnellement détourné quand elle était députée. Soit près d’un demi-million d’euros.
À cela s’ajoutent les sommes que le Parlement a recouvré auprès du groupe ENL, co-présidé par Marine Le Pen jusque 2017 : dans le cadre du contrôle annuel de ses comptes, le groupe avait été épinglé pour 427 000 euros de dépenses jugées « non conformes » ou « déraisonnables », comme l’achat de 228 bouteilles de champagne.
Le nouveau rapport de l’Olaf concerne, d’un point de vue comptable, la ligne dite « 400 », celle dévolue aux frais que peuvent utiliser les groupes politiques dans le cadre de leur mandat. Seulement voilà, l’Olaf considère que le clan Le Pen a multiplié les conflits d’intérêts, les détournements à des fins de politique nationale ou personnelles et des dépenses pour des prestations jugées « fictives », le plus souvent au profit de sociétés commerciales gravitant dans l’orbite du Rassemblement national, de ses eurodéputé·es ou du personnel du groupe ENL. (...)
Conflits d’intérêts et prestataires amis
L’enquête de l’Olaf révèle aussi une longue série de conflits d’intérêts. (...)
Plus largement, au fil des pages du rapport, c’est tout un réseau de sociétés prestataires amis qui apparaît : elles fournissent des services au groupe ENL ou aux eurodéputé·es, tout en étant étroitement liées à ceux-ci. Le cas le plus emblématique est celui du comptable belge Charles Van Houtte, pilier du système frontiste au Parlement européen, qui faisait le lien entre les députés, leurs prestataires et les services financiers du Parlement, comme Mediapart l’a raconté. (...)
Des « services fictifs » en cause et de « fausses offres concurrentes »
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Selon nos informations, le Parlement européen s’apprête à demander le recouvrement des sommes auprès de chacun des protagonistes visés : outre Marine Le Pen (136 993 euros) et le groupe ENL (131 089 euros), 303 545 euros devraient être réclamés à Jean-Marie Le Pen, 43 257 euros à Bruno Gollnisch et 2 493 euros à Louis Aliot.