Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Libération
Après un raid aérien dans un centre pour migrants en Libye, l’ONU dénonce un « crime de guerre »
Article mis en ligne le 5 juillet 2019

Une quarantaine de migrants ont été tués dans un raid aérien nocturne contre un centre de détention près de Tripoli. Une frappe attribuée aux forces de Khalifa Haftar qui a suscité de vives condamnations.

Dans un communiqué, le Gouvernement d’union (GNA) basé à Tripoli et reconnu par l’ONU a dénoncé « un crime odieux ». Il a attribué l’attaque au « criminel de guerre, Khalifa Haftar », l’homme fort de l’est libyen qui mène une offensive depuis début avril pour conquérir la capitale. Le GNA a accusé les forces pro-Haftar d’avoir mené une attaque « préméditée » et « précise » contre le centre. Cette frappe n’a pas été revendiquée mais des médias pro-Haftar ont fait état mardi soir d’une « série de raids aériens » à Tripoli et Tajoura. La banlieue de Tajoura, qui compte plusieurs sites militaires appartenant aux groupes armés pro-GNA, est régulièrement la cible de raids aériens des forces pro-Haftar.
« Une horrible attaque » condamnée

Dans de premières réactions, l’ONU a fait part de son effroi. « Cet attentat pourrait clairement constituer un crime de guerre, frappant des innocents […] contraints d’échouer dans cet abri par des conditions de vie épouvantables », a indiqué Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU en Libye. Il a appelé la communauté internationale « à condamner ce crime et à imposer les sanctions appropriées à ceux qui ont mené cette opération en violation flagrante du droit international humanitaire ».

Réagissant sur Twitter, le chef du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a porté « trois messages clés : les migrants et réfugiés ne doivent PAS être en détention, les civils ne doivent PAS être des cibles, la Libye n’est PAS un lieu sûr pour un renvoi » des migrants. (...)

La mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) a maintes fois exprimé son inquiétude sur le sort d’environ 3 500 migrants et réfugiés « en danger dans des centres de détention situés près de zones d’affrontements ».

Malgré une instabilité persistante, la Libye reste un important pays de transit pour les migrants fuyant les conflits et l’instabilité dans d’autres régions d’Afrique et du Moyen-Orient. (...)

Le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a « condamné fermement » la frappe et réclamé « une enquête indépendante pour s’assurer que les responsables du meurtre horrible de ces civils rendent des comptes ».

Les forces du maréchal Haftar ont promis cette semaine d’intensifier les frappes aériennes contre les forces rivales du GNA, après avoir perdu Gharyan, ville au sud de Tripoli dont le maréchal avait fait son centre opérationnel dans son offensive contre la capitale, à plus de 1 000 km de son bastion de Benghazi (nord-est). Les deux camps rivaux s’accusent mutuellement de recourir à des mercenaires et de profiter du soutien militaire, notamment aérien, de puissances étrangères.