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club de Médiapart/ Aimé-Céleste KAREGE Étudiant•e en droit-philo
Amendes et détention : comment la machine judiciaire réprime l’insurrection qui vient
#manifestations #repression #democratie
Article mis en ligne le 8 mai 2023

Cinq manifestants du 1er Mai sont actuellement en détention provisoire à Paris. J’ai le coeur noué en apprenant cela. Moi-même, à j’ai dû faire les frais de cette politique répressive : guet-apens, délit de faciès, 135h de privation de liberté, deux contrôles judiciaires, deux procès, tout ça depuis le 49.3.

Le 49.3 a été un déclencheur. Le déclencheur d’une colère inédite en France. Plus profonde que celle des Gilets jaunes probablement, ou plutôt dans la continuité de cette colère.

Les manifestations spontanées massives dans les villes du pays étaient et sont toujours une peur bleue du régime. (...)

Comment empêcher un peuple en colère de prendre l’Elysée ?

La foule, que Monsieur Macron semble honnir, est capable de venir le chercher. C’est cela dont il est question. Comment l’en empêcher ? Tapez trop fort et vous ferez des martyrs, des morts et la crise de régime s’approfondira et dégénèrera jusqu’à ce que les forces de répression fassent acte de sédition et ne répondent plus aux ordres. A l’inverse, tapez avec trop de mollesse et la foule en colère, qui demande avant tout du pain et de la démocratie, ne rentrera pas chez elle et restera dans les rues de France jusqu’à ce que le tyran s’en aille.

La colère actuelle en France est bien comparable à celle qui s’est déployée lors des printemps arabes (...)

Une colère qu’on ne peut plus cantonner au "lumpen prolétariat", toujours en colère, aux éléments dissidents habituels ; "l’ultragauche", les "ultrajaunes". La colère prend une majorité de la classe laborieuse. "Macron démission" est un slogan qui fédère cette France-là, martyre du capitalisme, des classes populaires aux classes moyennes.

Le soir du 49.3, j’étais dans les rues parisiennes, comme à mon habitude. J’ai vu une foule composite et jeune s’agglomérer Place de la Concorde par milliers, ancienne place de la Révolution, aux chants de "Louis XVI, Louis XVI, on l’a décapité, Macron, Macron, on peut recommencer" et "Révolution". Ce jour-là, Emmanuel Macron a ouvert une boîte de Pandore démocratique. (...)

La réponse répressive

"Terroristes d’ultra-gauche", "tueurs de flics", les mots du pouvoir sont de plus en plus durs pour qualifier ses opposants politiques. Mais ne croyez pas que l’escalade des mots est seulement une bataille communicationnelle pour décrédibiliser le mouvement. Les feux de poubelles et vitrines brisées que décrient les éditorialistes n’ont en rien terni l’image du mouvement social. On apprenait en avril qu’au contraire, la population soutenait encore de manière écrasante les manifestants, mais que 53% des Français avaient peur de manifester (Sondage Yougov pour LeHuffPost). La machine répressive semblait avoir fonctionné pour réprimer la révolte post-49.3, mais quelle est-elle ?

Au delà des violences policières, largement documentées, une machine judiciaire se met en place pour criminaliser la contestation sociale.

Amendes, gardes à vues arbitraires, comparutions immédiates, fichage, détention provisoire, avertissement pénal probatoire : l’attirail judiciaire est important. (...)

Le 18 mars, je manifestais contre le 49.3, dans les manifestations qui animaient les villes de France depuis 2 jours et 3 nuits. Pour la démocratie. J’ai eu le droit à ce qui s’apparente ni plus ni moins à une rafle de manifestants. On encercle et on arrête, sans distinction. Bien-sûr, cela n’a rien de comparable avec les rafles du régime de Vichy, mais reste est que dans une démocratie libérale, on ne rafle pas. On arrête si l’on a des éléments. (...)

Je suis sorti au bout de 14h de garde à vue sans audition. Malgré les heures passés en cellule, honnêtement et dit en terme fleuri, j’en avais rien à foutre. Je suis sorti, j’ai posté une photo sur mes réseaux sociaux : "sortie de garde à vue, tout est carré😳". La machine m’a appris plus tard qu’elle était un hydre assez coriace.

Deuxième garde à vue douze heures après. Comme en un laps de temps de douze heures, je n’ai pas eu le temps de finir ma formation de terroriste d’extrême-gauche, le parquet, cette fois de Nanterre, n’avait toujours aucun élément matériel contre moi. (...)

J’écrivais dans ma dernière note de blog que l’on sortait toujours du tribunal. C’était un jugement erroné, ou du moins incomplet. Certains n’en sont pas sortis par la même porte que moi. Cinq camarades, derniers déférés du Premier Mai, ont été places en détention provisoire, en attente de leur comparution immediate mardi prochain. Ils dorment en maison d’arrêt, décision d’un juge unique, sous prétexte qu’il y avait trop de manifestants jugés pour les juger tous vendredi.

Je ne remettrai pas en cause ce juge des libertés et de la détention. Qu’il soit servile ou non vis-à-vis du parquet ne m’intéresse pas. Seulement sa décision m’intéresse. Et c’est lunaire. On prive toujours plus de liberté car on a privé trop de gens de liberté. Bienvenue en démocratie.

La machine judiciaire fait du mal, soutenons-les. La répression renchérit alors nous aussi. Rendez-vous le 9 mai à 13h30 devant le Tribunal de Paris (Porte de Clichy).

Si le pouvoir est féroce, c’est parce qu’il est fébrile. Ils n’ont lavé les péchés de la Commune qu’en érigeant le Sacré-Coeur, ils n’enterreront pas le mouvement social grâce aux JO. Avançons vers la victoire !