Le salon automobile de Francfort affronte cette année une opposition écologiste d’une ampleur inédite, mêlant manifestations et tentative de blocage, signe que même en Allemagne le secteur automobile n’est plus une vache sacrée.
"L’industrie automobile a fraudé sur le diesel et contribue à ce que la crise climatique empire", accuse auprès de l’AFP Gerald Neubauer, porte-parole du groupe Campact, qui co-organise samedi une grande manifestation contre la "politique pro-voiture".
Des milliers de personnes, selon la police, ont prévu de rallier samedi en début d’après-midi à pied ou à vélo le parc des expositions de Francfort la veille d’une tentative de blocage du salon.
"Nous voulons une révolution des modes de transport", réclame Tina Velo, porte-parole sous pseudonyme du collectif "Sand im Getriebe" à l’origine de l’appel au blocus dimanche.
Cette combinaison d’actions légales et illégales caractérise le mouvement de défense du climat qui progresse depuis des mois en Europe, et prend désormais pour cible une industrie longtemps intouchable par son importance pour l’économie allemande. (...)
Dès l’ouverture à la presse mardi, Greepeace a lancé la contestation : une vingtaine de militants vêtus de vestes vertes ont gonflé à l’arrière d’un 4X4 un ballon noir géant avec l’inscription "CO2".
"L’industrie automobile n’a toujours pas compris la crise du climat. Au lieu de célébrer ici les SUV gourmands en carburants, les constructeurs doivent en finir avec ces chars d’assaut urbains et arrêter les moteurs à combustion", a déclaré à l’AFP Benjamin Stephan, militant de l’ONG.
Le groupe a également manifesté jeudi sur les stands de Volkswagen et de BMW alors que la chancelière Angela Merkel visitait le salon.
Des manifestants y sont montés sur des SUV et ont déroulé des pancartes montrant des voitures avec l’inscription "Tueuses du climat". (...)
En plus des grèves pour le climat à l’appel de Greta Thunberg, des mouvements comme le réseau européen Extinction Rebellion se répandent comme une traînée de poudre de Londres à Paris, en passant par Berlin.
Il s’agit la plupart du temps de bloquer temporairement un lieu : en Allemagne, le groupe "Ende Gelände" avait réussi en juin à occuper et forcer l’arrêt temporaire d’une vaste mine à ciel ouvert de charbon brun.
De quoi galvaniser un mouvement anti-voitures : "l’industrie automobile est sous pression, elle n’a plus le soutien de la société comme il y a quelques années, car elle a raté des évolutions", explique Tina Velo. (...)
L’attention des militants se reportera ensuite vers Berlin, où le gouvernement doit présenter le 20 septembre des mesures pour combattre le changement climatique — journée d’ores et déjà marquée par des appels à manifester dans de nombreuses villes allemandes.