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Agriculteurs et écolos replantent des haies pour sauver les oiseaux
Article mis en ligne le 9 mai 2022
dernière modification le 8 mai 2022

Pour préserver la pie-grièche et d’autres espèces, la Ligue pour la protection des oiseaux organise des plantations de haies en Haute-Loire. Habitants et jeunes en décrochage scolaire participent à ces chantiers collectifs pour la biodiversité.

(...) Les uns après les autres, les jeunes plants s’alignent : poirier sauvage, églantier, cassissier, groseillier, aubépine, alisier blanc. Sur les troncs nus, les bourgeons attendent encore le bon moment pour éclore. « On alterne un buisson bas et un arbre qui prendra de la hauteur », décrit Sébastien Nottelet, le coordinateur du jour, chargé de mission à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Haute-Loire. « Avoir à la fois de la densité en bas et en hauteur va permettre à la haie de faire coupe-vent. » (...)

Au milieu des prairies bordées d’arbres, cinq jeunes de 16 à 17 ans sont présents, ainsi que leurs animateurs. En décrochage scolaire, ils font partie d’un programme spécifique d’accompagnement de la jeunesse [1]. Au programme, participation à un chantier de plantation de haies organisé par la LPO. Soixante-dix arbres, un arbre par mètre, doivent être plantés en bordure du verger et du potager municipaux de Freycenet-la-Tour. (...)

Quelques habitants de la commune sont également venus prêter main forte. Manon Mouret, première adjointe, saisit un plant : « Entre les racines et le futur tronc, vous avez le collet. Quand vous plantez, il doit être juste au niveau de la terre. »

« Au départ, quand on m’a dit “terres, arbres”, j’avais l’impression que ça allait être dur », commente Léa, 17 ans. « Mais, pour sauver les animaux, je suis toujours présente. » Elle a retenu l’objectif principal de l’opération : replanter des haies contribue à protéger les pies-grièches. (...)

« Il y a un fort déclin des populations depuis les années 1960, depuis que l’agriculture a commencé à s’intensifier », déplore Sébastien Nottelet. La pie-grièche aime particulièrement les milieux alternant haies, bosquets et prairies fleuries : elle nidifie dans les arbres, et se perche en bordure des espaces dégagés pour chasser insectes et campagnols. (...)

Mais la disparition des haies et arbres des prairies, et des insectes dont elle se nourrit, en ont fait un oiseau de plus en plus rare dans l’Hexagone. (...)

« La pie-grièche grise et la pie-grièche à tête rousse souffrent d’une réduction drastique de leurs effectifs, ainsi que d’une contraction inquiétante de leurs aires de répartition », explique la LPO. (...)

Dialogue avec les agriculteurs

Pour tenter d’enrayer le déclin, la LPO Auvergne-Rhône Alpes a tout un programme, d’abord auprès des agriculteurs. Limiter les déchets plastiques, qui, emportés dans les nids, étranglent les oisillons ; réduire les traitements antiparasitaires des bêtes « car on les retrouve dans les bouses de vaches, cela tue les insectes qui mangent ces bouses, et donc cela fait moins de proies pour les pies-grièches », dit Sébastien Nottelet ; favoriser « des prairies diversifiées au niveau de leur flore, donc une diversité d’insectes, donc une quantité de nourriture plus importante pour les oiseaux », poursuit-il. Et surtout, planter des arbres et les haies dans les champs, un habitat indispensable pour elles. (...)

La LPO contacte agriculteurs et communes, fournit gratuitement les arbres, propose des essences adaptées à chaque cas, et organise le chantier si l’agriculteur ne plante pas lui-même. (...)

La LPO met donc habilement en avant l’intérêt agronomique des haies : brise-vent, ombrage pour les bêtes, lutte contre l’érosion des sols, abri pour les rapaces et autres prédateurs chasseurs de campagnols qui envahissent les champs… « La pie-grièche est une “espèce parapluie” », explique Sébastien Nottelet. (...)

Les haies sont un abri, un habitat, ou un lieu de circulation à l’abri des prédateurs pour beaucoup d’animaux. Le naturaliste liste des oiseaux : chardonneret élégant, bruant jaune, linotte mélodieuse, serin cini. « Tous sont en déclin », précise-t-il. Des mammifères : hérisson, belettes, hermine. Des reptiles : vipère aspic, lézard vert. Mais aussi « la plupart des espèces d’amphibiens qui vont hiverner dans la haie ou les murets associés, comme le crapaud commun, la salamandre tachetée. Du côté des plus gros oiseaux, on trouve aussi la chevêche d’Athéna, une chouette qui peut nicher dans les vieilles haies. »

« Si on ne les entretient pas, elles peuvent disparaître »

Autant d’espèces mises en difficulté par la disparition des haies. (...)

« Il faut attendre quatre à cinq ans pour constater les premiers effets des haies, et dix à quinze ans pour qu’elles remplissent toutes leurs fonctions écologiques », dit Sébastien Nottelet. (...)