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À la découverte des dunes, menacées par le tourisme et le changement climatique
Article mis en ligne le 6 août 2021
dernière modification le 5 août 2021

Loin d’être un milieu hostile et désolé, les dunes de nos bords de mer abritent une biodiversité foisonnante. Mais cet écosystème fragile est aujourd’hui menacé, notamment par le tourisme et le changement climatique. Reporterre a sillonné les collines de sable de Gironde avec un agent pour en comprendre les enjeux.

Grayan-et-l’Hôpital (Gironde), reportage

Le ciel, d’un gris tourmenté parcouru de nuages, s’étend à l’infini au-dessus des rouleaux de l’océan Atlantique. En cette fin juillet, seules quelques silhouettes bien habillées se sont aventurées sur la plage du Gurp, à Grayan-et-l’Hôpital (Gironde). La dune, elle, est déserte : une longue chaîne de creux et de bosses façonnées dans le sable, parsemées d’herbes chétives qui oscillent au gré du vent.

Un milieu hostile et désolé ? Sûrement pas pour Paul Tourneur, agent de l’Office national des forêts (ONF), l’établissement public chargé de la gestion des dunes. Sous son regard attentif, un trésor botanique se dévoile entre les touffes d’oyat (Ammophila arenaria), « l’espèce structurante et typique de la dune, “gourbet” en gascon ». Ici, un panicaut des dunes (Eryngium maritimum), sorte de chardon, déploie ses feuilles coupantes d’un beau gris bleuté ; là, une bugrane épineuse (Ononis spinosa) s’est parée de sa petite fleur rose en forme de cœur ; un astragale de Bayonne (Astragalus baionensis) dresse ses feuilles pennées et sa minuscule fleur violette et l’euphorbe maritime (Euphorbia paralias) tend ses tiges tentaculaires.

De tailles et de couleurs variées, elles partagent un point commun : « Elles ont toutes développé des adaptations, des petites combines pour survivre dans ce milieu semi-aride : elles sont de type plante grasse, ou elles ont des poils pour retenir la rosée du matin. Le gourbet, lui, enroule carrément ses feuilles pour garder l’eau. » Tous les six ans, l’université de Bordeaux-I, le Conservatoire botanique et l’ONF évaluent l’état de conservation de cette riche biodiversité des bords de mer. (...)

La dune blanche, au plus près de la plage, est le premier des milieux dunaires ; battue par les vents, salée par les embruns et sans cesse remodelée par les tempêtes, elle s’appelle aussi « dune mobile ». Ensuite viennent la dune grise, plus abritée, où une grande variété d’espèces animales et végétales s’abritent ; et la frange forestière, où s’aventurent les premiers pins de la forêt landaise. (...)

Ces trois milieux sont regroupés au sein d’une même zone Natura 2000, les Dunes du littoral girondin de la pointe de Grave au Cap Ferret, qui couvre 6 015 hectares sur une bande littorale de 400 à 850 mètres de large partant de Soulac-sur-Mer (au nord) à la pointe du Cap Ferret (au sud). (...)

Un écosystème menacé

Ces milieux n’ont pourtant rien de « naturel ». « Toute la dune d’Aquitaine a été remodelée par l’humain au cours d’un des plus grands chantiers de génie écologique jamais menés en Europe, raconte Paul Tourneur. Il y a deux cents ans, on trouvait là des champs de dunes qui avançaient jusqu’à 5, 10, voire 15 kilomètres à l’intérieur des terres, entrecoupées de zones humides — une sorte de mélange entre des steppes mongoles et la Camargue. » (...)

l’ONF a été missionné pour « fixer » la dune. « Les agents ont travaillé sur le profil de la zone bordière et planté la forêt. Le pin était déjà présent, ainsi que le chêne, mais dans des proportions bien moins importantes : de 2 000 hectares il y a deux cents ans, la forêt est passée à 60 000 hectares aujourd’hui. »

Cet écosystème artificiel, mais fragile, est aujourd’hui menacé. (...)

Afin de prévenir le problème, des agents sillonnent les dunes pendant la saison estivale et distribuent procès-verbaux et avertissements aux touristes irrespectueux. (...)

Car, comme la plage, la dune est soumise à la pression croissante du tourisme. Chiens promenés sans laisse, vélos électriques, 4x4, etc. abîment la plage, la dune et perturbent ses habitants. (...)

La dune abrite aussi des oiseaux, essentiellement le cochevis huppé (Galerida cristata), le pipit rousseline (Anthus campestris) et la bergeronnette grise (Motacilla alba). « Les autres ne font que passer, précise l’agent, ornithologue avant d’être botaniste. Mais ils sont très nombreux. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) organise deux comptages annuels. L’an dernier, elle a recensé 120 espèces différentes au Cap Ferret ! C’est énorme. Parmi elles, beaucoup d’espèces de fringillidés, comme les pinsons et les verdiers. » Mais la star de la dune reste le faucon hobereau (Falco subbuteo). (...)

Quant à la montée des eaux et à la succession de tempêtes toujours plus violentes, elles ont des conséquences directes sur le trait de côte, que l’ONF et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) surveillent de près grâce à leur Observatoire de la côte aquitaine. (...)