L’écologie n’a pas toujours les soutiens qu’elle mérite. Une partie de l’extrême droite s’intéresse en effet de près à des thématiques d’ordinaire marquées à gauche (décroissance, anti-consumérisme, localisme…), mais en y rajoutant une lecture bien fasciste. Entre nouveaux venus et vieilles rengaines, décryptage avec un spécialiste de la question : l’historien et politologue Stéphane François.
« Dans les années 1970, l’écologie intéressait surtout les anciens SS français, notamment Robert Dun, proche des idéaux “völkisch”, c’est-à-dire à la fois raciste, païen et proche de la nature.
Dans les années 1980 et 1990, ce fut surtout la Nouvelle Droite qui s’est intéressée à cette question, tournant le dos à ses positions technophiles des années 1970. À l’époque, Alain de Benoist avait des mots très durs vis-à-vis de l’écologie politique naissante, née dans les milieux alternatifs/contre-culturels. Le basculement s’est fait en parallèle d’un renouvellement doctrinal qui laissait une grande place aux auteurs antimodernes (René Guénon, Martin Heidegger, Louis Dumont, etc.). Les animateurs de ce courant ont même créé une revue écologique, Le Recours aux forêts, animée par Laurent Ozon, qui a existé de 1994 à 2000 et vit la participation d’un certain nombre d’écologistes de gauche. Ozon était également proche, à la même époque, d’Antoine Waechter.
Dans les années 1990, en parallèle de la Nouvelle Droite, la tendance nationaliste-révolutionnaire autour de Christian Bouchet et de Nouvelle Résistance s’est aussi passionnée à cette question, cherchant même à infiltrer des groupes écologistes français… Bouchet était alors un compagnon de route de la Nouvelle Droite.
La décennie suivante, ils ont été rejoints par les premiers groupes identitaires comme le Bloc identitaire (...)
Dans les années 2010, les catholiques traditionalistes s’y mirent également, surtout à partir de la bulle Laudato Si du pape François… Aujourd’hui presque toute l’extrême droite françaises’intéresse à l’écologie. Seul le Rassemblement national ne semble pasy porter un grand intérêt. » (...)
Tous insistent sur certaines nécessités, selon leur point de vue : le localisme (en lien avec un régionalisme enraciné) ; la “grande séparation” (en lien avec un ethnodifférentialisme et la préservation des blocs ethnocivilisationnels) ; la décroissance ; le rejet de la technique et de l’Hubris, etc. Les catholiques, mais aussi aujourd’hui les néo-droitiers, mettent également en avant le refus de la manipulation des corps (refus de la PMA et de la GPA). Pour la Nouvelle Droite, il s’agit d’un renversement complet de l’idéologie des années 1970 qui faisait l’éloge de l’eugénisme brutal et élitiste. » (...)
1/l’écologie devient un point doctrinal majeur des formations d’extrême droite, allant des catholiques traditionalistes à l’extrême droite païenne et/ou néonazie ; 2/ certains thèmes trouvent des échos dans les autres tendances de l’écologie, bénéficiant du “confusionnisme” ou de l’inculture de certains militants. Je sais que les militants écologistes n’aiment pas que je dise ça, mais c’est un fait… »
Ces idées infusent-elles au Rassemblement national ?
« L’écologie a dû mal à prendre au sein du FN/RN : Bruno Mégret a tenté de l’acclimater au sein du parti dans les années 1990, mais Jean-Marie Le Pen n’y a pas cru. Il considérait l’écologie comme une préoccupation de “bobo”. Avec la présidence de Marine Le Pen, cela ne s’est pas arrangé. Le changement est surtout venu de l’arrivée en nombre de cadres identitaires, sensibles au localisme et à une écologie des populations. (...)
« Il y a parfois une tendance réactionnaire au sein de la mouvance écologiste. Ainsi, on trouve des thématiques conservatrices (place de la femme, éloge des sociétés traditionnelles fermées et organicistes, etc.) chez certains écologistes comme Teddy Goldsmith. Le Mouvement écologiste indépendant d’Antoine Waechter avait dans les années 1990-2000 des positions ambigües sur le régionalisme, Waechter citant Yann Fouéré, un régionaliste breton ayant été condamné par contumace après la guerre pour faits de collaboration…
S’il y a bien parfois des évolutions conservatrices ou réactionnaires indéniables, à l’exemple de Pierre Rabhi comme l’a montré brillamment Jean-Baptiste Malet [1], voire antisémites – mais cela n’est pas incompatible avec un positionnement idéologique à gauche –, on ne peut pas parler comme le fait un ancien ministre [2] de dérive vers le fascisme ou d’écofascisme… Si cela existe, cela ne concerne qu’une minorité. L’écofascisme est réel et , mais il est le fait seulement de militants d’extrême droite. »