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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
À Tunis, la Tunisie et l’UE signent un "partenariat stratégique" sur l’immigration
#UE #Tunisie #migrants
Article mis en ligne le 18 juillet 2023
dernière modification le 17 juillet 2023

La présidente de la Commission européenne, accompagnée des chefs de gouvernement italien et néerlandais, a conclu dimanche un "partenariat stratégique" avec le président tunisien. L’accord porte principalement sur la lutte contre l’immigration irrégulière mais est destiné aussi à soutenir le pays nord-africain face à de graves difficultés économiques.

Centré sur la lutte contre l’immigration irrégulière, l’accord doit également servir à soutenir le pays qui connaît de graves difficultés économiques à travers "cinq piliers" : "la stabilité macro-économique, le commerce et les investissements, la transition énergétique verte, le rapprochement entre les peuples, la migration et la mobilité", précise la Commission dans un communiqué.

La Tunisie est le principal point de départ avec la Libye pour des milliers de migrants qui traversent la Méditerranée centrale vers l’Europe. (...)

Le protocole d’accord marque "une nouvelle étape importante pour traiter la crise migratoire de façon intégrée", s’est félicitée Georgia Meloni, qui a invité le président tunisien Kaïs Saïed à participer dimanche prochain à Rome à un sommet sur les migrations. Les deux politiques se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises ces derniers mois alors que les arrivées sur l’île italienne de Lampedusa sont au plus haut.
Vague xénophobe

Parmi ce que prévoit le plan, sont notamment prévus l’extension du programme d’échanges Erasmus à la Tunisie et une aide de 65 millions d’euros pour 80 écoles.

Sur le volet énergétique, les dirigeants européens ont rappelé que la Tunisie est concernée par des projets de câble de fibre optique sous-marin et de câble électrique devant relier les deux rives de la Méditerranée.

L’UE veut soutenir le développement des énergies renouvelables dans le pays du Maghreb qui dispose "d’un énorme potentiel", a souligné Ursula von der Leyen.

Mais c’est surtout sur la question de l’immigration que les conclusions du plan étaient attendues, alors que la Tunisie connaît une importante vague de xénophobie dirigée contre les migrants subsahariens. (...)

Dimanche, le président Saïed a évoqué le dossier de l’immigration devant ses homologues, appelant à "un accord collectif sur l’immigration inhumaine et sur les opérations de déplacements (forcés) par des réseaux criminels".

"Les Tunisiens ont donné à ces immigrés tout ce qui pouvait être offert avec une générosité illimitée", a plaidé Kaïs Saïed, vivement critiqué pour la manière dont des centaines de migrants ont été arrêtés en Tunisie, puis "déportés", selon les ONG, vers des zones inhospitalières sur les frontières avec Algérie et Libye. (...)

Migrants abandonnés dans le désert

Des gardes-frontières libyens ont dit à l’AFP dimanche avoir secouru au moins 70 migrants qui erraient par des températures insupportables et sans aucune aide dans une zone frontalière entre les deux pays. (...)

Concrètement, l’accord entre Bruxelles et Tunis prévoit une aide de 105 millions d’euros pour lutter contre l’immigration irrégulière. L’UE a promis aussi une aide budgétaire directe de 150 millions d’euros en 2023 alors que la Tunisie, étranglée par une dette de 80 % de son PIB, est à court de liquidités, ce qui provoque de régulières pénuries pour des produits de première nécessité directement achetés par l’État.

Lors de sa première visite au mois de juin, la troïka européenne avait évoqué une "assistance macro-financière de 900 millions d’euros", sous forme d’un prêt qui aurait été fourni à la Tunisie sur les prochaines années.

Ursula von der Leyen a affirmé dimanche que Bruxelles restait "prête à fournir cette assistance dès que les conditions seront remplies". Mais cette "assistance" est conditionnée à un accord entre la Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau crédit de 2 milliards de dollars, un dossier dans l’impasse depuis des mois.

Le président Saied rejette deux conditions indispensables à un accord avec le FMI : la levée des subventions sur les produits de base et la restructuration d’entreprises étatiques en difficultés.