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Marie-Claude Saliceti
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libération
A Paris, l’acte 45 des gilets jaunes anesthésié par la force
Article mis en ligne le 21 septembre 2019

Plus de 7 500 policiers et gendarmes sont déployés dans la capitale, contrôlant et verbalisant à tour de bras depuis les premiers rassemblements du matin.

La démonstration de force n’a pas traîné. Il est à peine 9h15 sur une place de la Madeleine bunkerisée (la plupart des commerces sont fermés et calfeutrés) quand une cinquantaine de motos déboulent vrombissantes, surmontées d’une doublette policière sur le pied de guerre. A l’arrière, ces « voltigeurs » millésime 2019, le visage souvent masqué, exhibent leur équipement : matraques, lanceurs de balles de défense, caméras pour ceux chargés de filmer les visages des manifestants…

Un premier passage, puis un second pour toiser la foule, le ton est donné : celui d’un samedi encadré au millimètre par les forces de l’ordre, déployées au nombre de 7 500 dans la capitale. Les quelques dizaines de manifestants – gilets jaunes et organisations altermondialistes – voient leurs velléités de « convergence des luttes » mises à mal. A peine un attroupement se forme-t-il que les gendarmes mobiles interviennent pour rappeler l’interdiction préfectorale d’un rassemblement statique, en invitant tout le monde à se disperser. (...)

Antoine, un Francilien de 26 ans, n’est même plus étonné. « Ce genre de dispositif, on y a été habitués petit à petit depuis les défilés contre la loi travail en 2016, se souvient-il. Depuis qu’on est arrivé à la gare Saint-Lazare ce matin, j’ai subi quatre contrôles d’identité, dont un où le policier m’a attrapé le sexe pour s’assurer que je ne dissimulais rien. » Ce contexte « anxiogène » ne le dissuade pourtant pas de continuer à se mobiliser (...)

Mis sous l’éteignoir dès son coup d’envoi, l’acte 45 des gilets jaunes se lance avec peine. Plusieurs défilés improvisés se lancent dans les rues des VIIIe et IXe arrondissements, derrière le cri de ralliement habituel du mouvement, « Ahou, Ahou, Ahou ! ». Boulevard Haussmann, une petite centaine de personnes tentent de s’organiser en cortège, bloquant la circulation. Mais les forces de l’ordre, très mobiles, parviennent vite à le disperser, utilisant quelques capsules de gaz lacrymogènes. Sous les huées de la foule (« Honte à vous ! », « Dictature en marche ! »), ils bloquent les principaux axes de circulation et empêchent les manifestants de se rassembler.
« Les gens deviennent fous »

Un groupe de gilets jaunes venus de Vannes (Morbihan) pour défendre la « justice fiscale » et le « pouvoir d’achat », arrivés à peine depuis dix minutes aux abords de la gare Saint-Lazare, ont les yeux rougis et humides par les lacrymos. « C’est de pire en pire, on n’a même le droit de manifester », soupire une femme. D’autres, originaires d’Alsace, ne décolèrent pas : « La police n’est plus là pour protéger les manifestants, comme le disait Macron, mais pour les empêcher de venir. C’est à cause de ça que les gens deviennent fous, on n’a plus de liberté. » (...)

A 12 heures, les services de la préfecture de police de Paris annoncent déjà 1 249 contrôles préventifs (certains manifestants rencontrés par Libération en ont subi plusieurs, jusqu’à 4 ou 5), 104 verbalisations et 90 interpellations. Des chiffres qui disent tout de cette tentative d’anesthésier le mouvement social par la force du nombre. Quelques minutes plus tard, on croise trois « street medics », des secouristes en t-shirts blancs, prêts à dispenser les premiers soins aux manifestants comme aux forces de l’ordre blessés. Deux de leurs collègues sont en train d’être verbalisés. (...)