Sur le réseau Telegram, des militants d’extrême droite disaient vouloir attaquer un concert de musiciens turcs organisé dans une église à Lille jeudi soir. Les organisatrices de l’événement confient leurs inquiétudes à Mediapart.
De « la panique » et de « l’angoisse ». C’est par ces mots que Héloïse Roux résume ce qu’elle a ressenti lorsqu’elle a découvert l’attaque envisagée par l’extrême droite contre l’événement qu’elle a organisé jeudi 13 avril.
Comme chaque année, l’association Attacafa, qu’elle dirige, programme un concert dans le cadre du festival Le Temps d’une lune. L’an dernier avec des musiciens afghans, cette fois avec une musicienne et un musicien turcs, Gülay Hacer Toruk et Fawaz Baker.
Le public est invité à les écouter dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul à Lille pendant une heure. Un buffet préparé par l’association Les Femmes turques du Nord est ensuite proposé dans une salle paroissiale en dehors de la bâtisse. « Un simple temps poétique, ni religieux ni cultuel, proposé à tous, aux musulmans comme aux non-musulmans pour se réunir autour de musiques dites “du monde”. »
Un temps poétique violemment ciblé par l’extrême droite. (...)
Plusieurs groupes de différentes régions échangent leur vision raciste, néonazie et islamophobe en toute décontraction. Dans le groupe FR DETER 59, environ 200 personnes échangent autour des « bougnoules », de la « répression du wokisme », de leur volonté de « niquer des Arabes » ou disent vouloir créer « un coin d’entraide aryen » et « une franc-maçonnerie blanche ». (...)
Aux alentours du 28 mars, le groupe partage un article qui semble provenir du site d’extrême droite Riposte catholique intitulé « Un apéro et un concert de rap, pour la rupture du jeûne du Ramadan organisés dans une église à Lille ». Leur cible est toute trouvée. « Bon, je parle sérieux, qui serait chaud à monter sur Lille ? », interroge l’un des membres, quand un autre insiste pour « monter un truc ».
Les menaces se font plus précises lorsque l’un d’entre eux établit un sondage pour rameuter du monde. (...)
« À la suite de la découverte de messages de menace sur un réseau social, j’ai immédiatement contacté le préfet afin qu’il puisse prendre toutes les mesures nécessaires et j’ai demandé que ce groupe soit dissous », a expliqué Martine Aubry, maire de Lille, à Mediapart. « On est en lien permanent avec les autorités pour la mise en place d’un dispositif de sécurité pour assurer la sécurité de l’événement, ajoute l’édile. Il n’est pas question de l’annuler ou de lâcher face à l’extrême droite. »
Le ministre de l’intérieur, lui, s’est contenté de préciser avoir demandé à la messagerie Telegram de fermer ces boucles de discussion. « Sur instruction du ministre, un signalement, via la plateforme Pharos, a été adressé lundi à Telegram », a précisé son entourage, ajoutant que le ministre avait demandé « aux services de travailler aux suites judiciaires à donner ».
Gérald Darmanin n’a fait aucune sortie directe, ni tweet, ni communication de sa propre initiative pour condamner les propos ou simplement exprimer une marque de soutien envers les cibles désignées.
« Si cette boucle Telegram était sous surveillance, pourquoi personne ne nous a prévenues ? Et si la boucle est tombée, les gens sont toujours là et se réorganiseront vite. Qu’en est-il pour la suite » ? Héloïse Roux, codirectrice de l’association ciblée par FR DETER 59
Interrogé à l’Assemblée nationale sur cette réaction minimale, Gérald Darmanin n’a pas corrigé le tir, a précisé « ne pas avoir de leçon à recevoir » et a simplement démenti la présence de membres de la police nationale dans ce groupe Telegram. « Aucune preuve ne le montre », a-t-il insisté, avant d’être finalement contredit par Libération. Depuis ces révélations, au moins un policier présent sur ces boucles a été identifié et suspendu. (...)
Si l’association reconnaît une prise en charge rapide de la municipalité et des autorités, elle n’est pas pour autant rassurée. (...)
Des menaces après un article d’une éditorialiste de CNews (...)