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RFI
Syrie : 110 enfants français toujours détenus dans les camps, malgré les appels au rapatriement
#Syrie
Article mis en ligne le 8 février 2026

En déplacement au Moyen-Orient, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a réaffirmé que le combat contre l’organisation État islamique est une « priorité absolue » pour Paris. Il n’a cependant donné aucun détail sur le sort des détenus – hommes, femmes et enfants – français derrière des grilles syriennes ou irakiennes pour appartenance au groupe terroriste. Au milieu des combats qui ont déchiré le nord-est syrien, où sont ces ressortissants français ? Nous avons posé la question à Matthieu Bagard, président de l’ONG Avocats sans frontières et avocat de 23 familles.

(...) Matthieu Bagard : En Irak, il y a les 13 Français qui avaient été transférés en 2019. Ils ont été condamnés à mort au terme de procès expéditifs absolument inéquitables. Cette peine a finalement été commuée en réclusion criminelle à perpétuité. Ils sont donc actuellement toujours en détention à Bagdad. Nous demandons, avec leurs conseils, leur transfert en France depuis maintenant près de deux ans, mais ils n’arrivent toujours pas.

Ensuite, il y a la situation de ceux qui ont été récemment transférés, en juillet 2025 : 47 d’entre eux. Il y a 46 hommes qui venaient de la prison de Dêrik, dans le nord-est syrien, et un jeune majeur qui venait du centre de déradicalisation d’Orkesh. Ce dernier a été emmené de force par ses parents en Syrie alors qu’il n’avait que 12 ans. Depuis, il n’a connu que les prisons et les centres de déradicalisation du nord-est syrien. (...)

Concernant ces derniers ressortissants, les attend un procès vraisemblablement du même acabit que celui qui s’est déroulé en 2019, à savoir sans accès au dossier, sans défense effective et au terme d’un procès expéditif. (...)

Des ONG, ainsi que des associations de défense des victimes du terrorisme en France, demandent le rapatriement de ces ressortissants français afin que la justice puisse s’exercer chez nous, en France, (...)

Il y a actuellement à peu près une cinquantaine de femmes et 110 enfants français qui sont toujours détenus dans le camp de Roj. Ce dernier est toujours sous contrôle kurde, mais les accords entre les Kurdes et Damas prévoient une reprise du contrôle par le pouvoir central. Que va-t-il se passer après ? En réalité, il est très difficile de le savoir.

Actuellement, ce sont des femmes qui, pour la plupart, refusent de rentrer, et des enfants qui vivent dans des conditions absolument dramatiques (...)

Il est impérieux pour la France de les rapatrier au plus vite. (...)

Quelle est la raison officielle du refus de Paris de rapatrier ces ressortissants mineurs ?

En réalité, ce qui nous est dit – et juridiquement, on peut le comprendre dans une certaine mesure –, c’est que, comme ils sont dans un État de non-droit, à savoir le nord-est syrien, les faire revenir de force pourrait être considéré comme un enlèvement international. Et que, sans l’accord des mères pour faire revenir leurs enfants sans elles, il n’y a pas de manière de procéder. Aujourd’hui, on voit cependant que la situation est en train de changer. Avec la reprise de ces camps par Damas, un accord bilatéral avec les autorités syriennes serait possible demain. (...)

Ces enfants sont détenus depuis près de dix ans. Qu’advient-il de ceux devenus majeurs ?

Ces jeunes majeurs français restent encore détenus dans le nord-est syrien, alors même qu’eux, majeurs, ont demandé leur rapatriement. Il n’y a donc plus de difficulté liée à un refus. On est face à des majeurs qui ont demandé à rentrer. (...)