Normalement, Shiva devrait n’être qu’un intermédiaire entre des aides ménagères et des particuliers. Des témoignages montrent que l’entreprise se comporterait plutôt comme un employeur, sans en accepter les responsabilités face aux abus.
(...) Qu’est-ce qu’une « entreprise mandataire » ?
Shiva donne l’image d’une entreprise d’aide à domicile « premium », reposant sur des employé·es (principalement des femmes) valorisé·es et un service haut de gamme. Ses publicités, visibles dans les transports en commun ou dans la rue, mettent en avant des femmes et des hommes de ménage photographié·es comme des stars par le Studio Harcourt.
La réalité est parfois bien différente. Iryna, comme d’autres, en est la première victime. Shiva se comporte sur plusieurs points comme un employeur alors qu’elle ne l’est pas, et précarise les employé·es de maison, auxquel·les elle propose des contrats de très courte durée. Le tout, dans un environnement où les travailleurs et travailleuses peinent à comprendre leurs droits – et parfois même à savoir qui les emploie.
Shiva fait partie du groupe Domia, qui détient aussi les entreprises Acadomia, pour le soutien scolaire, Domini, actif dans l’immobilier, ou encore Nos Aimés, branche sœur de Shiva pour l’aide à domicile. La spécificité de ces entreprises ? Ce sont des « mandataires », c’est-à-dire que leur rôle consiste à mettre en contact travailleur·ses et employeur·ses et à réaliser des démarches administratives pour le compte de ces dernier·es.
Shiva compte désormais plus de 600 agences partout en France pour « 26 000 employés de maison » selon son site, et continue d’ouvrir de nouvelles agences. Partout en France, des récits recueillis par Basta ! montrent que l’entreprise dépasserait son rôle de mandataire. (...)
L’organisme mandataire n’est pas l’employeur des travailleur·ses. Il est simplement un facilitateur pour certaines démarches, en contrepartie de frais de gestion. Il n’est donc pas responsable légalement des salarié·es et ne détermine pas leurs conditions de travail (...)
Ce statut de mandataire (et non pas d’employeur) de Shiva n’est pas toujours compris par les employé·es de maison ni par les particuliers employeurs. (...)
Bien souvent, c’est lorsque les personnes se retrouvent face à un arrêt abrupt de prestations, sans procédure de licenciement ni indemnités, qu’elles cherchent à démêler la responsabilité et leurs droits. C’est là qu’elles se rendent compte qu’elles n’étaient ni employées directement par Shiva ni en CDI. (...)
Les employé·es du secteur particulièrement vulnérables
Malgré de nombreux signes d’abus dans ce secteur, il est particulièrement difficile pour ces salarié·es de défendre leurs droits. (...)
En plus de l’isolement des travailleur·ses, leur méconnaissance du droit français est d’autant plus importante que, selon l’Observatoire de l’emploi à domicile, près d’un·e salarié·e sur cinq du secteur est né·e à l’étranger. (...)
Pour faire valoir leurs droits, l’association de défense des droits des professionnels du ménage (ou ADDPM) a été crée mi-janvier 2026 [1]. (...) Ses membres comptent faire bouger les lignes dans les mois à venir et recruter de nouvelles personnes.
Une plainte pénale a d’ailleurs été déposée auprès du procureur de la République de Paris, ce 14 janvier, contre le groupe Shiva. (...)