Le verdict est tombé sans surprendre personne : la Cour suprême a déclaré les activités de l’ONG Memorial comme « extrémistes ». L’affaire a été jugée à huis clos
Techniquement, ce qui a été jugé « extrémiste », c’est « le mouvement social international Memorial ». Autrement dit, une structure qui n’existe pas, ce que personne n’a pu argumenter devant la Cour. L’avocat qui représentait l’ONG a bien essayé de participer aux débats, mais il a été expulsé de la salle.
Du reste, cette nuance juridique ne trompe personne. (...)
Le comité Nobel norvégien, lui, s’inquiétait dès hier de cette décision, jugeant qu’attribuer le qualificatif d’extrémiste « constitue une atteinte aux valeurs fondamentales de la dignité humaine et de la liberté d’expression ».
Sur la même liste que l’EI ou Alexeï Navalny
Le classement comme « extrémiste » est le qualificatif le plus grave en Russie, plus grave que le label « indésirable » qui équivaut déjà à un bannissement total. (...)
L’organisation, co-lauréate du prix Nobel de la paix en 2022, a été fondée en 1989, et est la gardienne depuis plus de 30 ans de la mémoire des répressions sous l’Union soviétique À cette première mission, Memorial en avait ajouté une autre : des enquêtes sur les violations contemporaines des droits humains, en Tchétchénie ou en Syrie. Certains membres de l’organisation l’ont parfois payé de leur vie, comme notamment Natalia Estémirova, enlevée en plein jour et exécutée d’une balle dans la tête en 2009 à Grozny.
Dirigée par un autre Nobel de la paix russe, Dimitri Mouratov, la rédaction de Novaïa Gazeta, à Moscou, est perquisitionnée depuis ce jeudi à la mi-journée par des hommes masqués des services spéciaux. En fin de journée, un journaliste était arrêté.
L’engagement de ce média indépendant, notamment dans la couverture des violations des droits de l’homme en Tchétchénie, a coûté la vie à plusieurs de ses collaborateurs. Parmi eux : Anna Politkovskaïa, abattue en octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou. (...)