« Même quand on a un cancer, on porte un foulard quelques mois seulement ; en rémission, on le retire » : voilà ce qu’aurait rétorqué sa hiérarchie à Samira, infirmière depuis 10 ans, pour qu’elle retire le calot qu’elle porte pour des raisons médicales. Témoignage.
Infirmière depuis dix ans, Samira* travaille auprès d’un public particulièrement vulnérable. Depuis six mois, sa hiérarchie exige qu’elle retire son calot, pourtant couramment utilisé comme équipement professionnel dans de nombreux actes de soin.
Un cas parmi d’autres de répression pour cause de port du calot
Dans son service, plusieurs agentes ont été convoquées par la hiérarchie pour « port de signe ostentatoire ». Toutes portaient un calot. « On nous a convoquées sans avertissement, sans rappel préalable des règles. Le motif invoqué était la laïcité », explique Samira.
Dans le même temps, elle explique que plusieurs médecins arborent visiblement des signes religieux — croix chrétiennes ou étoiles de David — sans jamais être inquiétés. « Mes cadres m’ont expliqué qu’elles n’étaient pas leur hiérarchie directe. En réalité, ce motif est appliqué de manière ciblée, en ciblant des femmes musulmanes ou perçues comme telles », affirme Samira. (...)
Les infirmières réprimées, même en cas de raisons médicales pour le port du calot (...)
Et pendant ce temps, la casse de l’hôpital public se poursuit
Pour Samira, la répression qu’elle subit s’inscrit dans un contexte plus large : « la stigmatisation des musulmans et des Arabes sert à masquer l’effondrement du service public hospitalier. Après des années à l’AP-HP, avoir fait des heures sup pendant la crise du Covid, le management est toujours plus autoritaire et obsédé par la rentabilité ». Elle témoigne d’une islamophobie institutionnelle visant à discipliner travailleuses et travailleurs du soin, au détriment des patients et des soignants. (...)
Dans son hôpital, le manque de moyens est devenu structurel. Depuis plusieurs années, les renforts hivernaux ont purement et simplement disparu.
Le quotidien des soignants est également marqué par une pénurie persistante de matériel essentiel : une infirmière peut se retrouver responsable de jusqu’à dix patients simultanément, y compris en situation critique.
Dans ce contexte global de casse de l’hôpital, les soignants alertent régulièrement sur la mise en danger de patients à cause du manque de moyens humains, de matériel, de locaux non adaptés menant à des accidents graves pour les patients comme les soignants. (...)