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Marie-Claude Saliceti
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Rencontre avec l’écrivain Davide Cerullo : De l’ombre à la lumière
#poesie
Article mis en ligne le 28 avril 2026
dernière modification le 22 avril 2026

Davide Cerullo, enrôlé à 13 ans dans la Camorra, à Scampia, périphérie de Naples, est sorti de cet enfer grâce aux poètes. Il est aujourd’hui écrivain, photographe et éducateur. Quand du ciment brut, dévoreur de pâturages anciens, et des “Vele di Scampia”, monstre en partie abattu, émergent la poésie et la volonté de construire un avenir plus désirable. Rencontre.

Davide Cerullo est né en 1974 dans la banlieue nord de Naples. Neuvième d’une fratrie de 14 enfants, sa famille emménage en 1980 à Scampia, quartier populaire situé à la périphérie Nord de Naples, dans l’une des “Vele” (Voiles)1.

Sa scolarité est brutalement interrompue à 13 ans quand il est enrôlé dans la Camorra. Il devient un boss dans son quartier. Le déclic se fait lorsqu’emprisonné à 19 ans Davide découvre son prénom écrit à trois reprises dans l’Évangile, ouvert sur son lit. À sa sortie, il embarque ces pages arrachées au livre. S’il revient à sa vie d’avant, les mots qui y sont inscrits le poursuivent. « Le remord, le vide, l’insatisfaction » qui le tenaillent lui ouvrent le chemin vers la rédemption. Commence alors un parcours difficile, ponctué de rechutes, pour finalement quitter le quartier. De fil en aiguille, les paroles des poètes rencontrés sur sa route, avant tout ceux de Christian Bobin, lui indiquent la voie à suivre, le sauvent, « l’ouvrent à d’autres mondes », dit-il. Les mots, enfouis en lui, s’extirpent, se posent sur le papier. Puis Davide les photographiera. Car la poésie et la photographie sont pour lui deux choses intimement liées.

Depuis onze ans, Davide Cerullo, revenu dans son quartier, s’investit dans des actions culturelles et sociales, palliant ainsi, avec d’autres associations, l’abandon des services publics. (...)

« Les mots de ces poètes étaient puissants, ils étaient forts, ils m’ont même fait peur, ils gagnaient contre tout autre pouvoir, c’est un fait, aucun pouvoir ne pouvait les arrêter. Ils pouvaient me guérir. Puis ces mots, je les ai écrits, je les ai photographiés, aussi, ceux des poètes… puis je les ai protégés, car j’ai compris quand je les ai lus que c’était ces mots qui me protégeaient à mon tour, ils m’ont soigné, sauvé et m’ont fait comprendre qu’ils m’aimaient, qu’il m’aimaient. » (...)

« Je pense que la relation entre la photographie et la parole est nécessaire, pas nécessaire comme l’eau, le pain, mais dans le sens où le mot met en évidence la force de l’image, et l’image, la force des mots ; donc les deux s’accompagnent, sont intimement liés. Les deux ont la capacité d’immortaliser un moment,ce sont deux forces, deux puissances.

La poésie d’un visage est sa réponse à l’univers, c’est comme se concentrer sur un minuscule détail d’une immense œuvre d’art que la vie nous offre chaque jour, sur l’existence des autres. Les photos sont pour moi un moyen de faire sortir ce qui se trouve à l’intérieur, ce que souvent même les regards les plus attentifs ne peuvent pas voir. La photographie est le mot qui permet de voir la beauté qui ne se cache pas, le bonheur qui n’a pas peur d’être vu, triste et seul. Je suis littéralement attiré par l’humain et le corps et j’essaie de creuser quelque chose à travers la photographie. Elle révèle en moi quelque chose de nouveau, à travers chaque personne que je rencontre pour la photographier. » (...)

« Quand tu permets aux mots de rentrer dans ta vie, tu n’es plus le même. Tu ne peux plus être le même, car le mot va toucher l’humain, le plus humain que nous-mêmes, le bon, le juste qui persiste encore, caché, et le fait réapparaître. » (...)