La stratégie Bienvenue en France prétend renforcer l’attractivité internationale de la France en multipliant par 15 les frais d’inscription à l’université des étudiant·es non européen·nes. Si les exonérations étaient, depuis la mise en place de cette stratégie, la norme, le plan Choose France for higher Education entend y mettre fin. 2 895 € en licence et 3 941 € en master, c’est le prix que devront désormais payer les étudiant·es extracommunautaires pour étudier en France, contre 170 € et 243 € pour les autres. Les exonérations seraient limitées au cas par cas.
Bienvenue en France porte atteinte au principe d’égal accès au service public. L’université française a historiquement garanti des frais d’inscription modestes à tou·tes ses étudiant·es, quelle que soit leur nationalité. Instaurer une tarification fondée sur l’origine nationale constitue une rupture profonde avec ce modèle. Des mécanismes de compensation « au cas par cas » ne sauraient y remédier dans des établissements déjà en sous-effectif administratif.
Paradoxalement, ce programme qui veut renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur français vient fragiliser la recherche et la francophonie.
D’un point de vue économique, cette mesure apparaît également contestable. En 2022, Campus France établissait que les étudiant·es étranger·ères génèrent environ 1,3 milliard d’euros de retombées économiques annuelles pour la France. Le gain promis par le ministre — 250 millions d’euros à horizon deux à trois ans — est donc très inférieur au manque à gagner que cette politique risque d’entraîner. La mesure se justifie mal, y compris sur le plan budgétaire.
On peut donc craindre que ce plan ne cherche avant tout à faire supporter aux étudiant·es étranger·ères le coût du sous-financement chronique des universités, plutôt qu’à engager une réflexion sérieuse sur les ressources de l’enseignement supérieur public. Il s’agit en réalité d’une mesure purement idéologique.
Oui, les universités françaises sont sous-financées, et il est urgent d’y remédier. Mais pas en faisant peser cette responsabilité sur les étudiant·es étranger·ères, qui comptent déjà parmi les publics les plus précaires de l’enseignement supérieur, et en donnant des gages à l’extrême droite. (...)