« Si tu fais ça, t’es gai. » Les propos et gestes homophobes, transphobes et misogynes de la part d’élèves sont de plus en plus fréquents dans les écoles, où ils complexifient le travail des enseignants et minent le parcours scolaire de nombreux jeunes, montre une recherche qualitative menée par un chercheur universitaire pour le compte de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).
Dans le cadre de cette recherche visant à étudier le phénomène, 110 enseignants, élèves et intervenants issus de quelque 200 écoles publiques réparties dans huit régions du Québec ont été questionnés sur les manifestations de l’intolérance à la diversité sexuelle et de la misogynie dont ils ont été témoins ces dernières années.
Celles-ci vont de défis entre élèves sous-entendant qu’être homosexuel est une punition à des graffitis sexistes ou homophobes, en passant par des propos dégradants visant les filles en raison de leur genre, voire à des saluts nazis et à la dégradation de drapeaux arc-en-ciel dans des écoles, dont certains ont été volontairement incendiés par des élèves.
« Ces situations ne sont pas isolées ni marginales (...)
« Les discours qui sont misogynes, antiféministes, homophobes et transphobes, ils sont présents dans les classes, dans les corridors et dans les cours d’école », a pour sa part soutenu Marie-Claire, une enseignante au primaire qui a participé aux groupes de discussion organisés dans le cadre de cette recherche.
« Ce qui est particulier, c’est que ce sont des discours qui sont décomplexés de plus en plus, et ça, c’est inquiétant », d’autant plus que ceux-ci sont parfois « très violents », a ajouté l’enseignante. (...)
Le rapport souligne d’ailleurs que les actes d’intolérance sont commis presque exclusivement par des garçons, peu importe leur appartenance religieuse ou ethnique. (...)
Les personnes consultées à l’occasion de la réalisation de ce rapport de 50 pages notent par ailleurs que les garçons qui expriment le plus à l’école leur intolérance à la diversité sexuelle sont les joueurs de hockey, les adeptes d’influences masculinistes, de même que les amateurs du nazisme… et du président américain, Donald Trump. (...)
Une situation qui affecte de nombreux jeunes, qui voient leur estime de soi et leurs résultats scolaires se dégrader en raison du sentiment d’insécurité que ces actes d’intolérance génèrent dans leur environnement scolaire.
« J’ai vu des jeunes qui se mutilent. J’ai vu des jeunes aller aux toilettes dans les commerces de proximité parce qu’ils ne veulent pas aller aux toilettes de leur école. J’ai même vu un jeune quitter l’école secondaire pour s’inscrire aux adultes » dans l’espoir de ne plus se faire « écœurer tous les jours », a relevé Marie-Claire, dont la FAE a préféré taire le nom de famille.
Ce phénomène a d’ailleurs aussi des répercussions sur les enseignants, qui doivent gérer les situations problématiques dont ils sont témoins avec la direction scolaire et les parents des élèves concernés, ce qui vient alourdir leur charge de travail. Sans compter que des enseignantes comptent parmi les victimes des propos sexistes tenus dans des écoles. (...)