Après l’émotion suscitée par la mort d’Alex Pretti le 24 janvier et celle de Renee Good quelques semaines plus tôt, deux citoyens américains abattus par des agents fédéraux, les interrogations émergent quant au profil des agents de la police de l’immigration (ICE), leur recrutement et leur formation.
Le 3 janvier dernier, l’ICE, qui ne comptait que 10 000 employés, se félicitait d’une « augmentation historique de 120% de ses effectifs » et du recrutement de « 12 000 officiers et agents », ce qui signifie qu’elle compte désormais davantage de nouvelles recrues que d’agents expérimentés. (...)
« Ils recrutent à tour de bras n’importe qui » (...)
S’il est aujourd’hui impossible d’avoir un profil précis des personnes recrutées par la police de l’immigration américaine, la campagne de recrutement mise en place par l’organisation montre le type de personnes qu’elle souhaite voir dans ses rangs. Sur son site, l’ICE affiche en première page l’Oncle Sam, célèbre pour son utilisation lors du recrutement de soldats pendant la Première Guerre mondiale, pointant du doigt les prétendants appelés à défendre l’Amérique « envahie par des criminels et des prédateurs ». « Nous avons besoin de VOUS pour les chasser », ajoute l’institution. (...)
Annonces ciblées
Selon un document révélé par le Washington Post, l’institution va même plus loin dans ce qu’elle appelle une stratégie de « recrutement en temps de guerre ». Selon le quotidien américain, la campagne a été largement relayée sur les réseaux sociaux, avec des appels à des recrues prêtes à accomplir leur « devoir sacré » et à « défendre la patrie » en repoussant les « envahisseurs étrangers ». Des clips inspirés de jeux vidéo de tir à la première personne sur la guerre type Call of Duty ont été aussi publiés, comme des publicités qui présentent les migrants comme des Pokémons à attraper.
Et pour atteindre cet objectif de recruter plus de 10 000 personnes, l’ICE a utilisé une technique publicitaire appelée le « géorepérage », afin de diffuser des publicités sur les navigateurs web et les réseaux sociaux des téléphones portables de personnes situées à proximité de bases militaires, de courses NASCAR, de campus universitaires ou de salons professionnels d’armes à feu, selon le document. (...)
Le plan prévoyait également que les publicités de recrutement de l’ICE soient diffusées auprès de personnes intéressées par « les affaires militaires et les anciens combattants », « l’entraînement physique » ou « l’actualité et la politique conservatrices », et qu’elles ciblent des individus dont le mode de vie est « patriotique » ou « à tendance conservatrice ».
Il était aussi prévu de cibler les auditeurs « d’émissions de radio conservatrices, de musique country et de podcasts liés au patriotisme, aux intérêts masculins et aux faits divers, ainsi que des comptes s’intéressant aux leaders d’opinion conservateurs, aux organisations de défense des droits des armes à feu et aux marques d’équipement tactique », indique le journal.
Des opérations de recrutement sont également organisées dans des stades ou aux abords d’événements précis, comme des compétitions de NASCAR, de l’UFC (MMA) ou de rodéo.
L’administration Trump tente par ailleurs de séduire les agents retraités en leur proposant une prime de réintégration et la possibilité de cumuler leur salaire avec leur pension. (...)
« Un problème d’inexpérience et de manque d’entraînement »
Et pour faciliter le recrutement, l’ICE promet une prime à l’embauche pouvant atteindre 50 000 dollars, le remboursement de frais étudiants. Elle a également supprimé les limites d’âge, permettant ainsi à des jeunes de 18 ans de postuler. « Il y a donc des gens d’expérience dans ces recrutements, mais il y a aussi des jeunes qui ont potentiellement la gâchette facile », s’inquiète l’historienne et spécialiste du pays, Nicole Bacharan.
Une inquiétude partagée par l’ancien directeur de l’ICE sous la présidence de Barack Obama, John Sandweg, d’autant plus que la durée de formation des nouveaux agents de l’ICE, initialement d’environ cinq mois, a été réduite à 42 jours. (...)
la colère monte face à cette police de l’immigration dont les bavures se multiplient. (...)