Pétition aux institutions européennes contre l’autorisation des pesticides génétiques en l’absence d’évaluations scientifiques indépendantes, complètes et adaptées
L’Union européenne s’apprête à autoriser une nouvelle catégorie de pesticides dits « génétiques », fondés notamment sur des technologies d’ARN interférent (ARNi). Ces produits sont capables de réduire au silence l’expression de gènes vitaux des organismes qu’ils ciblent, dans le but de les tuer. Ils sont présentés par les industriels comme précis, innovants et sans danger pour l’environnement.
Pourtant, leurs effets sur la biodiversité et la santé restent très largement inconnus. En effet, les données aujourd’hui disponibles* proviennent exclusivement des recherches menées par l’industrie elle-même. À ce jour, aucune évaluation complète, indépendante et adaptée aux spécificités de leur mode d’action n’a été publiée sur ces produits, tels qu’ils sont réellement appliqués dans l’environnement. Par ailleurs, seule une infime portion des études existantes s’intéresse à leurs effets sur les abeilles, les pollinisateurs sauvages, les insectes non ciblés, les sols et les écosystèmes.
Dans ce contexte, il serait infondé et contraire au principe de précaution (articles 191 du TFUE et 1§4 du règlement 1107/2009) d’assimiler ces pesticides à des produits « naturels », ou à des produits de « biocontrôle » prétendument inoffensifs comme la Commission européenne entend le faire aujourd’hui. Un tel classement permettrait aux industriels de se soustraire aux évaluations indispensables et ne peut intervenir qu’après avoir démontré, preuves à l’appui, leur innocuité réelle.
L’histoire récente des pesticides chimiques nous a appris que des promesses de non-dangerosité ou d’un produit qui ne tue que l’insecte visé, peuvent masquer des effets graves, chroniques et irréversibles sur le Vivant. Nous refusons que cette erreur soit répétée sous une nouvelle forme technologique.
Nous demandons solennellement à la Commission, au Parlement et aux Etats membres de l’Union européenne :
- Un moratoire immédiat sur toute autorisation de pesticides génétiques dans l’Union européenne, tant que ces produits n’auront pas été évalués de manière complète et adaptée ;
- Des évaluations scientifiques indépendantes, complètes et transparentes, incluant des tests adaptés aux spécificités de ces nouveaux modes d’action, sur les produits formulés et leurs effets à long terme ;
- La publication des données utilisées dans le cadre des autorisations et qui permettent de démontrer l’innocuité de ces nouvelles technologies pour les pollinisateurs, la biodiversité et la santé.
Protéger la biodiversité et la santé publique n’est pas un frein à l’innovation : c’est une exigence démocratique, scientifique et éthique. Nous demandons que l’Europe ne cède ni à la précipitation, ni à la pression industrielle, mais fasse le choix de la prudence, de la transparence et de la responsabilité.