Fin 2026, le groupe Renault devrait fabriquer des drones kamikazes pour le compte de l’armée. À Cléon, le site pressenti pour produire les moteurs, les salariés sont partagés sur la militarisation de leur usine.
(...) Une usine qui, depuis 1958, produit des moteurs et des boites de vitesse pour la marque au losange.
Produire pour l’armée ? Si la révélation du projet par la presse le 19 janvier suscite un certain nombre d’inquiétudes au sein du personnel, celui-ci n’est qu’un sujet de discussion parmi d’autres au vu de la situation sociale de l’usine. « Moi, je suis sur un secteur qui va fermer, donc on parle plus de nos mutations », glisse à l’improviste un salarié, puis d’ajouter avant de filer vers le tourniquet : « C’est vrai que ça fait peur. Si un jour il y a une guerre, on sera les premiers bombardés. » (...)
Cette nouvelle production qui divise les salariés, c’est le drone Chorus. Un engin développé par l’entreprise d’armement Turgis Gaillard en collaboration avec Renault — qui devrait ouvrir dès la fin de l’année une chaîne d’assemblage dans son usine du Mans. Le site de Cléon, seul site français du groupe à fabriquer des moteurs, se chargerait quant à lui de la propulsion. Selon les informations distillées par le constructeur, la capacité mensuelle de production serait de 600 drones par mois.
Devant l’usine de Cléon, difficile d’obtenir des réactions des employés sur ce sujet. (...)
Suite à sa sortie dans la presse, la nouvelle a été officiellement confirmée quelques jours plus tard aux salariés de l’usine du Mans. Pourtant, à Cléon, aucune communication n’est pour le moment venue confirmer ou démentir cette nouvelle. (...)
Interrogé afin d’obtenir des explications sur cette situation, le groupe Renault s’est refusé à tout commentaire sur le calendrier du projet, ainsi que sur les caractéristiques techniques du drone. Le constructeur a cependant admis que certaines des pièces de ces engins devraient être directement issues de la construction automobile. (...)
Un début de production à la fin de l’année 2026
Selon nos informations, dix moteurs devraient tout de même être prélevés cette année sur la production du site normand, pour procéder à des essais sur des prototypes.
Au Mans, les choses sont plus précises. Contacté par Reporterre, Richard Germain, secrétaire CGT du site sarthois, précise que la construction de la nouvelle ligne d’assemblage devrait débuter dès le premier semestre 2026 pour un début de production à la fin de l’année. Cette nouvelle chaîne devrait employer une soixantaine de personnes, toutes recrutées au sein de l’usine sur la base du volontariat.
Contrairement au Mans, aucune nouvelle chaîne ne devrait voir le jour à Cléon, le drone devant être propulsé par un simple moteur 2L diesel, déjà produit par l’usine, selon la CGT. Pourtant, malgré cela, la nouvelle ne passe pas auprès de certains employés. (...)
« Avec les collègues, on n’a pas signé pour fabriquer des armes de guerre pour aller abattre des gens à l’autre coté de la planète », témoigne avec émotion un salarié à sa sortie de l’usine, sous couvert d’anonymat, avant d’ajouter : « Nous, on est là pour fabriquer des pièces automobiles, mais pas pour nous engager dans un quelconque conflit pour des capitalistes, ça ne nous concerne pas. »
À ses côtés, son collègue Eric, renchérit : « Les capitalistes ne risquent rien, ils engagent juste leur pognon au détriment de la vie des autres. C’est une aberration. »
Une position partagée par la CGT, le syndicat majoritaire à Cléon, pour qui il n’est pas question de soutenir la militarisation d’usines civiles. (...)
Plusieurs projets similaires en développement (...)
Ainsi, les ingénieurs de Renault seraient en train de plancher sur un drone militaire terrestre, en collaboration avec la société de véhicules militaires Arquus. Par ailleurs, le missilier MBDA se serait rapproché d’un constructeur automobile dont le nom n’est pas encore connu pour la fabrication de sa munition rôdeuse « One way effector » à hauteur de 1 000 exemplaires par mois. (...)