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Maison Colibri : une lutte de classes face à un groupe détenu par la fortune Roullier
#maisonColibri #Roullier #CharenteMaritime
Article mis en ligne le 4 janvier 2026
dernière modification le 3 janvier 2026

À Pons, en Charente-Maritime, la machine capitaliste à broyer de l’humain est en pleine action. Malgré des bénéfices records ces dernières années, le groupe Roullier a décrété la fermeture de l’entreprise “Maison Colibri”, pourtant rentable. Face à ces aberrations inhumaines, la CGT et les salarié-es se mobilisent. Pour les aider dans ce combat et leur donner de la visibilité, la Guillotine Saintaise laisse aujourd’hui la parole à une syndicaliste Cgtiste.

Depuis plusieurs mois, les salarié·es de Maison Colibri alertent sur l’avenir du site de Pons. L’entreprise est rentable. Le groupe auquel elle appartient l’est aussi. Pourtant, un projet de fermeture est annoncé.

En 2022 déjà, les salarié·es avaient consenti des sacrifices importants : une baisse de rémunération pendant plus de dix-huit mois. L’objectif était clair : préserver l’activité et les emplois. Ces concessions n’ont pas empêché la remise en cause du site.

Il faut rappeler un fait majeur : le moment où il a été demandé aux salarié·es de sacrifier une partie de leur rémunération coïncide avec un record du chiffre d’affaires du groupe Roullier. Plus de 4 milliards d’euros. Un contraste brutal. Une illustration concrète du déséquilibre entre capital et travail.

Qui est le groupe Roullier ? (...)

Le groupe Roullier est un groupe industriel privé français, présent à l’international. Il est détenu par la famille Roullier, dont le dirigeant figure parmi les plus grandes fortunes de France.

Le groupe affiche un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros. En 2022, il a dépassé les 4 milliards d’euros, un niveau record.

Maison Colibri appartient à la branche agroalimentaire du groupe (Paticeo). Malgré cette solidité financière, le choix a été fait de sacrifier le site de Pons et ses emplois.

Pour les salarié·es et la CGT, cette situation illustre une réalité de lutte de classes bien concrète : pendant que les richesses se concentrent au sommet, ce sont les travailleur·euses qui paient le prix des décisions prises loin du terrain.

La colère s’organise, la lutte sort de l’usine (...)

Face à cette situation, la colère monte. Les salarié·es s’organisent. Avec l’appui de la CGT, la lutte sort de l’usine : tractages, mobilisations locales, interpellation des institutions. Le conflit devient visible.

Mardi 9 décembre, les salarié·es de Maison Colibri entament un mouvement de grève devant l’usine de Pons. Une grève qui s’inscrit dans une lutte de classes assumée, face à un groupe industriel puissant détenu par la famille Roullier, l’une des grandes fortunes françaises.

Le même jour, le député Fabrice Barusseau interpelle le gouvernement à l’Assemblée nationale, dénonçant une stratégie de sous-investissement et des arbitrages financiers défavorables aux salarié·es. Cependant, son intervention ne mentionne jamais la CGT, pourtant au cœur de la mobilisation. Ce qui interroge sur la volonté de construire une action politique coordonnée et efficace.

Sous-investissement ou investissements détournés ?

Dans de nombreux groupes industriels, la stratégie de sous-investissement consiste à laisser volontairement un site se dégrader. À Maison Colibri, la mécanique est plus perverse.

Des investissements ont bien été réalisés, notamment avec l’achat de machines de production de coques de chocolat. Mais ces investissements n’ont pas été accompagnés de formation des salarié·es, ni d’un réel projet industriel pour le site de Pons.

Ces machines n’ont jamais permis de développer durablement l’activité. Pire : elles vont ensuite être retirées du site. Cette stratégie relève d’investissements détournés, décidés sans vision à long terme, servant davantage des arbitrages internes au groupe que l’avenir du site. (...)

Une réponse gouvernementale hors-sol

La réponse du ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, renforce le malaise. Il dit regretter la décision du groupe Roullier / Paticeo. Il reconnaît également que le groupe gagne de l’argent et affirme que le traitement social devra être « exemplaire ».

Mais son analyse des causes de la fermeture est jugée hors-sol. Il invoque un prétendu désintérêt des consommateur·rices, le « fait maison » et la montée des marques de distributeurs.

Pour la CGT et les salarié·es, l’argumentation est lunaire : après les arbitrages financiers et les choix industriels, faudrait-il désormais accuser les robots de cuisine d’être responsables de la casse sociale ?

Pendant le Covid, la réalité était tout autre. La population locale a massivement acheté les produits Maison Colibri. La production a suivi. L’attachement au site de Pons était réel. La fermeture ne s’explique pas par la consommation. Elle résulte de choix industriels et financiers assumés.
Sans mobilisation, le dossier serait resté invisible (...)

Le 10 décembre 2025, le Conseil municipal de Pons adopte à l’unanimité une motion de soutien aux salarié·es et au maintien de la production de madeleines sur la commune.

La motion dénonce le double discours du groupe Paticeo/Roullier et demande de renoncer au démantèlement ou de vendre le site avec ses actifs et la marque. Elle n’exige pas explicitement le retrait du projet de fermeture.

Pour les salarié·es, l’enjeu n’est pas la recherche d’un hypothétique repreneur, mais le maintien pur et simple de l’activité. (...)

Un appel au soutien concret

Aujourd’hui, les salarié·es ont besoin de soutien moral, politique et matériel. Une caisse de solidarité existe via la plateforme Leetchi. Elle permet aux grévistes de tenir dans la durée.

Chaque contribution compte :
👉https://www.leetchi.com/fr/c/sauvonsmaisoncolibri-1940925

Récap chronologique d’une lutte sociale (...)

L’exemple belge : quand la lutte permet d’arracher des garanties

L’exemple d’Alysse Food, filiale belge du groupe Roullier, montre une chose essentielle : sans mobilisation, il n’y a pas de garanties pour les salarié·es.

À Seneffe, après plusieurs semaines de grève et un front syndical uni, les travailleur·euses ont obtenu un accord. Certes, 92 emplois ont été supprimés. Mais un plan social a encadré les licenciements : reconnaissance des anciennetés réelles, garanties extra-légales, maintien de la représentation syndicale et accompagnement des salarié·es concerné·es.

Ces avancées n’étaient pas prévues initialement. Elles ont été arrachées par la lutte, par la grève, par le rapport de force. (...)

La Guillotine Saintaise vous invite à vous mobiliser pour les salari-és de Maison Colibri et vous partage d’autres luttes en cours dans la région :

  • L’usine à saumons au Verdon-sur-Mer.
  • Le SurfPark à Talmont-Saint-Hilaire.
    (...)