
Que sont devenues les banlieues françaises ? Quinze ans après La Loi du ghetto, Luc Bronner raconte la place prise par la drogue et les narcotrafiquants qui a transformé des quartiers entiers, emportés par la promesse de l’argent facile et meurtris par la violence.
En donnant la parole à des éducateurs, policiers, maires ou militants associatifs, l’auteur fait le bilan d’un gâchis terrible et d’une défaite culturelle des modérés et des partisans du compromis. Depuis les émeutes de l’automne 2005 jusqu’à celles de l’été 2023 après la mort de Nahel à Nanterre, la France n’a en fait jamais réussi à déboucler la spirale sans fin des violences, voire l’a alimentée à coups de lois toujours plus répressives et de prisons remplies, sans que jamais, en réalité, cela ne soit efficace.
Les banlieues sont ainsi un laboratoire de l’idéologie sécuritaire, mais aussi un de ces miroirs dans lesquels la société française peut constater combien elle semble avoir changé de visage et de nature, prête à basculer dans le camp des démocraties illibérales, ces sociétés d’ordre, où les citoyens choisissent démocratiquement de réduire les libertés et les droits des plus fragiles. (...)
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– (Le Monde)
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Dans son livre à paraître vendredi 4 avril au Seuil, Luc Bronner, grand reporter au « Monde », constate que les émeutes sont d’abord une éruption de jeunesse, et se demande « comment s’effacent les liens qui tissent une société ». (...)
« Un vertige m’accompagne dans ce voyage en France. Comment en vient-on à avoir peur des autres, à ne plus croire dans la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité d’un pays ? Comment s’effacent les liens qui tissent une société ? Comment divorce-t-on de ses concitoyens ? Pourquoi, enfin, la France, comme d’autres démocraties, ne parvient-elle pas à déboucler cette spirale sans fin des violences, des répressions, des lois plus dures, des prisons remplies, sans que cela paraisse suffisant et que, jamais, en réalité, cela ne soit efficace ? »
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