Bonne année, bonne santé ? Le ministère de la Santé a annoncé, le 29 janvier, à vingt-six centres de santé communautaires dans les territoires défavorisés que leur financement allait être remis en cause. Cette décision est incompréhensible, au regard des avis, tous positifs, rendus sur ce type de dispositif. Des nombreux acteurs de la santé et du monde politique demandent au gouvernement de revenir sur cette décision.
(...) Si les termes officiels pourraient sembler dire le contraire, parlant de « pérennisation » du dispositif, la réalité du financement indique clairement que les montants sur lesquels pouvaient jusqu’alors compter ces structures vont être drastiquement revus à la baisse et conditionnés à une labélisation France Santé. Mais ce n’est pas tout. Alors que les pouvoirs publics s’étaient engagés à généraliser ce dispositif et à l’étendre à de nombreuses autres structures, le ministère de la santé ce jour-là a subitement annoncé renoncer à engager l’extension de celui-ci dans le droit commun.
Ce dispositif du nom de SECPa pour « Structures d’Exercice Coordonné Participatives » a été annoncé à l’issue du Ségur de la santé, en juillet 2020, pour lutter contre les inégalités sociales de santé. (...)
Le modèle de prise en charge médico-sociale et participative que SECPa promeut a fait ses preuves au Québec ou en Belgique. Les études conduites sur le sujet sont sur ce point d’une rare limpidité : la prise en charge médico-psycho-sociale, l’inscription territoriale, le déploiement d’actions de prévention systématique et la dynamique participative, qui caractérisent ces structures, réduisent les inégalités d’accès aux soins et aux services de santé. Sur la durée, elles sont un gage d’économies budgétaires, en réduisant les risques de pathologies graves non prises en charge à temps, qui par définition coûtent plus cher lorsqu’elles sont découvertes tardivement. (...)
Alors que notre système hospitalier demeure sous très forte tension, fragiliser des structures qui participent de sa préservation apparaît dénué de toute logique sanitaire et même, puisque c’est le prisme principal des réflexions gouvernementales, économique.
Deuxièmement, et puisque ces structures exercent dans des territoires marqués par la précarité, elles sont des acteurs essentiels dans la lutte contre les inégalités de santé. (...)
Troisièmement, et alors que le Président de la République déclarait en 2018 qu’en France, « on n’est pas en meilleure santé que chez les voisins parce qu’on prévient résolument moins bien », l’une des grandes forces du dispositif SECPa est précisément de contribuer à repenser la conception du travail en santé, en donnant davantage de place aux patients et patientes. Ce travail contribue à promouvoir l’autonomie des personnes et fait de la démocratie en santé autre chose qu’un mot d’ordre : une réalité. (...)
Dès lors pourquoi détruire ce qui tient, et tient bien, à l’heure où tant de personnes ne trouvent pas de médecins ou de professionnels de santé ? La politique ne consiste pas seulement à lancer de nouveaux projets à l’instar de France Santé, elle est aussi la préservation de ce qui fait la justice sociale au quotidien, et jusque dans les corps.