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Une requête d’un ami de Gaza.
« Ce dont nous avons vraiment besoin,
c’est de bulldozers pour creuser et nous enterrer dans notre terre »
« J’avais prévu d’écrire sur la vie quotidienne pendant la trêve », m’a écrit mon ami Bassam Nasser vendredi matin [1er décembre] depuis la bande de Gaza. « Les obstacles liés à l’approvisionnement en eau, les prières pour qu’il ne pleuve pas ou que le temps ne soit pas nuageux afin que les panneaux solaires continuent à produire de l’électricité pour recharger les téléphones, la recherche de tout type de nourriture… voilà le genre de conversations avec les gens. S’y ajoutent l’odeur flottant dans les écoles-abris, les kilomètres de queue pour remplir une bouteille de gaz de cuisine et d’autres nombreux efforts quotidiens. Or, ce vendredi je me suis réveillé au son des tirs d’artillerie et des bombardements. »
J’ai rencontré Bassam Nasser il y a 32 ans, alors qu’il étudiait la sociologie et le travail social à l’université al-Najah de Naplouse (avant qu’Israël n’interdise aux étudiants de la bande de Gaza d’étudier en Cisjordanie). Il a obtenu une maîtrise en histoire du Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv. Ayant travaillé la plupart du temps dans des organisations d’aide et de prévention des conflits, il a également suivi un cours sur les droits de l’homme aux Etats-Unis.
En raison des bombardements des premiers jours de la guerre, lui et sa famille ont quitté la ville de Gaza pour Deir al-Balah, puis Rafah. « C’est l’endroit le plus proche de l’enfer », m’a-t-il écrit en hébreu. (...)
Le 7 novembre, Bassam avait écrit, s’adressant à des amis ayant une formation en psychologie et en psychiatrie : « Je vous demande de bien vouloir vous abstenir d’essayer de diagnostiquer ma situation. Je ne suis ni post-traumatisé ni tout à fait “normal”. Ne me regardez pas avec pitié ou sympathie, car je ne suis pas malade et je n’ai pas besoin d’aide. Je ne suis pas un toxicomane ni un agresseur, et je n’ai pas besoin de traitement ni de médicaments. J’ai été élevé à peu près de la même manière que vous, et mes enfants ont été élevés de la même manière que les vôtres. La seule différence est que je suis né sur la même terre que Jésus-Christ… Notre principal problème est notre aspiration à la liberté et à l’autodétermination… Nous refusons de vivre en captivité, que ce soit dans des espaces clos ou dans des prisons à ciel ouvert… Nous ne tolérerons pas l’humiliation. Nous ne tendrons pas l’autre joue à ceux qui nous oppriment et nous ne donnerons pas notre manteau à ceux qui nous volent notre chemise. » (...)
« En tant que personne née en Palestine et ayant vécu toute ma vie sous l’occupation, j’ai le droit de me demander pourquoi ma famille, mes amis, mes proches et mes voisins sont tués… Si notre destin est scellé et que nous sommes voués au martyre indépendamment de nos actions ou de nos paroles, et si nos tombes ont déjà été ouvertes et nos linceuls préparés, cela ne nous dérange pas d’endurer la soif et la faim. La communauté internationale peut poursuivre les livraisons d’aide prévues à Gaza. Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est de bulldozers pour creuser et nous enterrer profondément dans notre terre. J’ai cependant une requête personnelle à vous adresser. Si vous le pouvez, veillez à ce que les corps de mes enfants soient recouverts. »
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– (Actu.fr)
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