Mégafeux en Gironde, inondations à répétition dans le Nord et le Pas-de-Calais, orages violents, sécheresses : les deux dernières années ont été un condensé des risques climatiques auxquels la France sera de plus en plus exposée. Et auxquels elle est loin d’être préparée.
Dans son dernier rapport, « Changement climatique : nous ne sommes pas prêt·es », Oxfam dresse le bilan des vulnérabilités françaises face au dérèglement climatique et fait des recommandations pour mieux anticiper le choc qui vient. Au regard de la trajectoire de référence adoptée par la France (+ 2,7 °C d’ici 2050, + 4 °C d’ici 2100), basée sur les scénarios du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le pays doit se préparer à des bouleversements majeurs.
Avant 1990, souligne Oxfam, la France connaissait en moyenne deux jours de vague de chaleur par an. Depuis vingt ans, ce chiffre est passé à huit. Et l’accélération est là (...)
D’ici la fin du siècle, ces épisodes de forte chaleur pourraient être responsables de 46 000 morts par an. Les conséquences sur les écosystèmes, sur l’accès à l’eau, l’agriculture et l’approvisionnement alimentaire, ou encore sur l’habitabilité de certains territoires « mettent aussi indirectement en péril des droits fondamentaux, comme le droit à l’éducation, à la santé ou à la dignité humaine », note le rapport.
Car ni nos écoles ni nos hôpitaux ni nos transports ni la plupart de nos infrastructures ne sont aujourd’hui préparés aux épisodes extrêmes qui vont se multiplier. (...)
Gare à la gentrification verte qui renforce les inégalités
Sur les 2 321 structures hospitalières que compte la France, 103 sont menacées de fermeture totale ou partielle en raison du dérèglement climatique. Investir dans l’adaptation de notre réseau ferroviaire est impératif pour éviter pannes et avaries. Faute de quoi, les pertes économiques pourraient aussi être colossales. RTE, le gestionnaire de réseau de transport d’électricité, chiffre à 100 milliards l’investissement pour adapter le réseau électrique à un réchauffement de 4 °C, et ce sans compter l’adaptation spécifique des centrales nucléaires.
Face à cela, Oxfam déplore que l’État n’agisse qu’« en réaction » aux catastrophes et sans vraiment se donner les moyens d’anticiper. Les moyens alloués à l’adaptation – dans les deux plans gouvernementaux d’adaptation – paraissent totalement dérisoires eu égard aux enjeux. (...)
« Les investissements publics décidés aujourd’hui ne prennent absolument pas en compte le facteur adaptation. Les responsables politiques n’ont pas mis à jour leur logiciel et font comme si nous étions toujours dans les années 1990, comme s’ils n’avaient pas lu les rapports du Giec ni les recommandations du Haut Conseil pour le climat », affirme Quentin Ghesquière, chargé de plaidoyer et campagne climat à Oxfam France.
Une incurie qui n’expose pas tout le monde au même niveau de risque. Car « la vulnérabilité au changement climatique est démultipliée pour les personnes qui sont à l’intersection de plusieurs inégalités », note Oxfam, à savoir « les pauvres, les femmes, les personnes âgées, les groupes marginalisés ». Avec un droit du travail encore très flou sur ces sujets, les salariés du BTP et du secteur agricole sont particulièrement exposés.
Le rapport met d’ailleurs en garde contre ce qu’il nomme la « gentrification verte » qui exclut encore plus les ménages modestes. (...)
. Oxfam préconise donc sur ce point de multiplier les projets qui associent les habitants plutôt que des grands projets « destinés à faire l’objet de communication, du type “écoquartiers”, qui provoquent la gentrification rapide ».
La présentation du prochain plan d’adaptation au changement climatique du gouvernement, qui devait contenir une cinquantaine de mesures, est attendue depuis des mois. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique en sursis, n’a plus que quelques jours pour le présenter.