
Quelles traces de cette violence coloniale subsistent en nous, que réveillent ces images de guerre médiatisée ? Car si l’on partage l’effroi des Israéliens, qui depuis le 7 octobre sont hantés par les images d’horreur et de massacres commis par le Hamas et espèrent le retour des otages, il nous faut aussi dire notre propre terreur : le silence colonial nous accable, nous descendants. À l’heure où j’écris, nos géographies intérieures et politiques se redessinent autour de ce point central : Israël / Palestine.
Qui interroge le refoulé colonial réveillé par la question palestinienne ? Il ne s’agit pas de comparer les projets, la noblesse de créer un État pour protéger les juifs des persécutions historiques n’est pas celui de la France coloniale, avide de prestige, d’ascendant politique et d’avantage commercial au début de la conquête. Mais il faut interroger les conditions de la réalisation de ces projets, au détriment des populations occupées - ce que condamne encore une partie des Israéliens. Mais qui les entend et les soutient ? « Sans droits pour les Palestiniens, les droits des Israéliens seront toujours infondés et précaires », rappelait en 2005 l’historien Gilbert Meynier, spécialiste de l’Algérie coloniale, dans un article sur le colonialisme israélien.
Quelles traces de cette violence coloniale subsistent en nous, que réveillent ces images de guerre médiatisée ? Car si l’on partage l’effroi des Israéliens, qui depuis le 7 octobre sont hantés par les images d’horreur et de massacres commis par le Hamas et espèrent le retour des otages, il nous faut aussi dire notre propre terreur : le silence colonial nous accable, nous descendants. Nous sommes figés par la brutalité d’une occupation que nous éprouvons, par héritage, solidarité et attachement à la justice dans notre chair, et que la communauté internationale peine de plus en plus à condamner, depuis qu’Israël s’est engagée dans un processus de normalisation de ses relations avec plusieurs pays arabes. Cette occupation est pourtant source de toutes les violences, trahissant par là même les fondements et principes qui nous soudent : œuvrer pour la paix, le respect des droits et de la dignité des peuples (...)