Alors qu’un discours dominant désigne sans cesse l’étranger comme l’ennemi, que les textes envers les exilés se durcissent, des professionnelles accompagnent les personnes sollicitant le statut de réfugiés. Rencontre en zone rurale avec l’équipe d’un CADA, centre d’accueil des demandeurs d’asile, qui, de surcroît, est labellisé pour l’accompagnement de membres de la communauté LGBT.
Le Pacte de l’Union Européenne sur la migration et l’asile a été adopté par le Parlement Européen et par le conseil de l’UE il y a près de deux ans et devrait être mis en application en juin prochain. Ce texte généralise l’enfermement, le tri et le refoulement des personnes arrivant aux frontières extérieures européennes, en créant des zones d’exception où le juge n’aura pas accès. Il sera possible de financer des dispositifs dans des pays tiers afin d’entraver la mobilité des exilés (comme le Royaume-Uni et la Suède l’avaient envisagé avec le Rwanda, et l’Italie avec l’Albanie).
Il s’agit donc d’un terrible durcissement des conditions régissant le droit d’asile. Et ce 26 mars, les droites et extrêmes droites du Parlement Européen ont voté un texte autorisant les États membres (sous réserve d’approbation par le Conseil Européen) à ouvrir des centres de détention dans des pays hors de l’UE pour migrants n’ayant pas obtenu le droit d’asile : « recul historique des droits des réfugiés », selon l’ONG humanitaire International Rescue Commitee. Une droite dite modérée a fait alliance avec une extrême droite fascisante pour aboutir à ce texte qu’elles ont de façon indécente applaudi frénétiquement. (...)
« Une ruche d’abeilles »
Les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) sont financés par le ministère de l’intérieur. L’hébergement n’a pas lieu que dans les CADA, il existe aussi les HUDA (Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile), les PRAHDA (programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile), les CAES (Centre d’accueil et d’études de situation) et les CPH (Centres provisoires d’hébergement), enfin les DPAR (Dispositif de préparation au retour, pour les personnes déboutées du droit d’asile). Actuellement, l’ensemble de ces dispositifs comprennent 120 000 places d’hébergement, alors que les demandeurs d’asile sont 157 662 (2024) : si l’on déduit les bénéficiaires d’une protection internationale, la Cimade évalue à 64 000 le nombre de demandeurs d’asile hébergés dans la cadre du Dispositif national d’accueil (DNA), soit seulement 43 % d’entre eux, ce qui signifie qu’autour de 90 000 ne sont pas hébergés par le DNA, vivant ailleurs ou survivant dans la rue. La tension sur l’hébergement va s’aggraver car, en 2025, 6 500 places ont été supprimées et 1500 devraient disparaitre en 2026 (Le Monde du 11 décembre). (...)
Les différents opérateurs sont Adoma (anciennement Sonacotra), Coallia (anciennement Aftam à destination des "travailleurs africains et malgaches"), la Croix-Rouge Française, Forum Réfugiés et France Terre d’Asile (FTDA). (...)
Le CADA a le statut d’un ESSMS, établissement du secteur social et médico-social, et relève de ce fait des évaluations tous les 5 ans par la Haute Autorité de Santé (HAS) qui veille à la bientraitance des résidents, dont l’un des critères est qu’il ne soit pas confronté… à des ruptures de parcours (injonction paradoxale pour un CADA). (...)
Depuis la loi portant réforme de l’asile du 29 juillet 2015, la procédure d’expulsion des lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile est dérogatoire au droit commun : le Conseil d’État, dans plusieurs arrêts, a considéré que la trêve hivernale n’est pas applicable et ce, même en présence d’enfants. La remise à la rue l’hiver de familles avec enfant(s) est désormais admis par le juge administratif. Le préfet dispose d’une procédure expéditive lui permettant d’exécuter la mesure d’expulsion à la place du responsable de l’établissement sans passer par le juge judiciaire, qui est la règle du droit des expulsions.
(...)
Au cœur de la prise en charge réside la posture interculturelle : les intervenantes sociales doivent faire preuve d’ouverture, capables de se mettre à la place de ces exilés, ne pas les juger, prendre en compte la diversité des parcours, des histoires de vie, des appartenances sociales, religieuses, politiques, diversité qui est aussi la richesse de ce groupe humain que constitue un CADA, avec ce que cela exprime en termes de solidarité, d’entraide, de respect de l’autre. Toutes et tous partagent l’exil, c’est leur identité ; elles et ils ont parcouru le monde, ont rencontré d’autres vivant la même angoisse mais d’origine différente. L’entrée au CADA est un moment fort de rassurance, d’apaisement. Un moment où on peut enfin se poser.
Label LGBT
Dans un recueil de témoignages édité par le CADA intitulé L’amour n’a ni genre ni frontières, Laïserg, 33 ans, venant de Russie, décrit la situation dans son pays et dans les pays d’Asie centrale, comme le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Oubékistan, où des relations homosexuelles peuvent être punies de plusieurs années de prison. « En France, je n’ai pas été confronté à la discrimination. Ici, les droits humains sont presque parfaitement respectés, surtout en comparaison avec les pays de l’ex-URSS. Le plus important, c’est que les gens vivent ensemble en paix et ne se disputent pas à cause de leurs différences. C’est cela, pour moi, le symbole de la communauté LGBT : l’égalité et la tolérance ». Toutes et tous, provenant du Tchad, du Sri Lanka, de Colombie, du Mali, attestent que, réfugiés en France, ils et elles ont pu enfin « exister », « respirer sans devoir se cacher ».
En 2021, le ministère de l’intérieur propose de mieux prendre en compte les demandeurs d’asile ayant des vulnérabilités particulières comme les personnes LGBT (homophobie en France ou de la part de leur communauté). Un appel à manifestation d’intérêt est lancé en vue de créer 200 places au niveau national. Quatre centres d’accueil de France Terre d’Asile (FTA), Paris, Blois, Bègles et Auch, sont retenus et labellisés pour accueillir des réfugiés invoquant leur appartenance à la communauté LGBT comme raison de fuir leur pays qui les persécute. D’autres CADA en France possèdent ce label, comme Forum Réfugiés, à Lyon et Toulouse. (...)
De fait, il y a un décalage entre les attentes de l’OFPRA et la réalité de la personne en exil : des femmes lesbiennes ont été mariées de force, elles ont été excisées, ont subi des violences sexuelles, et pourtant cette liste de persécutions ne suffit pas pour être acceptée comme réfugiée, car cela dépend du discours tenu. Car ce discours doit être convainquant alors même qu’aborder ce genre de sujet contraint la personne à se livrer totalement ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’alors. (...)
Par ailleurs, l’OFPRA tient compte de l’attitude éventuelle de rejet par la famille, ce que les demandeurs d’asile ont du mal à avouer, allant même à dire que leur famille les soutienne alors que c’est faux. Psychiquement, il est trop douloureux d’admettre, même pour soi, que toute la famille sans exception les rejette.
Comment convaincre l’OFPRA ? (...)
de façon générale, une personne à l’aise va pouvoir convaincre alors qu’une autre, réservée, hésitante, n’y parviendra pas. L’OFPRA ne se fonde que sur sa propre conviction et son positionnement est fondée sur une sorte de présomption de culpabilité (...)
Le Monde indiquait le 23 décembre que, suite à la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025, le nombre de délivrance de titres de séjour a baissé de 43 % de janvier à octobre. Si cela n’impacte pas le nombre d’octroi de statut de réfugié par l’OFPRA et la CNDA, cela a un effet sur les déboutés qui ne parviennent plus à être régularisés. Par ailleurs, comme indiqué au début du présent article, le nombre de places en hébergement pour demandeurs d’asile est en baisse. Il est indispensable que les citoyens soient informés sur les dispositifs d’accompagnement existants pour qu’ils puissent les défendre comme tout autre service public de la République.
(...)
(...)