Des milliardaires ont amassé des fortunes contre lui. Le président
a menacé de lui retirer sa citoyenneté. Les synagogues traditionnelles l’ont calomnié
en le qualifiant de rejeton d’Oussama Ben Laden et du président Mao. Mais aujourd’hui, Zohran Mamdani est devenu le premier maire socialiste de la ville de New York.
Malgré toute cette hystérie, quand je regarde Mamdani, je ne vois pas un radical
rupture avec le passé. Je le vois comme l’héritier d’une vieille et vénérable
tradition juive – celle du socialisme yiddish – qui a contribué à construire New York.
(...) .Bien que les communautés juives de New York soient beaucoup trop nombreuses et trop
divisées pour être regroupées en une seule histoire, il existe néanmoins un récit qui circule. Le voici. Après la Seconde Guerre mondiale, les Juifs ont fait fortune, se sont assimilés à l’Amérique et sont tombés amoureux d’Israël. (Peu importe les nombreuses communautés que cette histoire laisse de côté : la communauté Satmar, en plein essor, non sioniste et totalement non assimilée ; les immigrants juifs de l’ancienne Union soviétique ; les lesbiennes, les marginaux, les communistes et les artistes ; Bernard Sanders. La liste est longue.) Les institutions associées à ce récit – l’Anti-Defamation League, les synagogues huppées de New York – ont été les détracteurs les plus virulents de Mamdani. (...)
À l’image de New York, la campagne de Mamdani était multiculturelle, multiraciale et polyglotte. Lorsque Andrew Cuomo a tenté de le présenter comme anti-américain, il a publié des publicités en espagnol, en bengali, en hindi et en arabe. Il a mené une campagne axée sur la politique de classe, qui cherchait à s’adresser à chacun dans sa propre langue, sans jamais s’excuser pour ce qu’il était. (...)
Tout au long de la campagne électorale, les sionistes ont tenté de salir Mamdani en le qualifiant d’
antisémite. Cela n’a pas fonctionné, même auprès des enfants de ces sionistes.
Selon un sondage réalisé en juillet par Zenith Research, deux tiers des Juifs âgés de moins de 40 ans
soutenaient Mamdani. Il y a plusieurs raisons à cela, notamment la fausseté éhontée de cette accusation, qui avait perdu tout son sens à force d’être utilisée à tort et à travers ; l’angoisse morale de voir Israël commettre un génocide à Gaza ; et le fait que les Juifs, comme tout le monde, veulent des loyers abordables, des crèches gratuites et des bus rapides et gratuits.
Mais il y a une autre raison.
Mamdani s’inscrit dans une tradition juive plus ancienne. Non pas celle des synagogues huppées de l’Upper East side, mais celle de tant de nos arrière-grands-parents : les ouvriers socialistes qui luttaient pour un monde meilleur et plus beau
.
Molly Crabapple est une artiste et l’auteure du livre à paraître Here Where We Live Is Our Country : The Story of the Jewish Bund (Ici où nous vivons est notre pays : l’histoire du Bund juif), qui sera publié par One World Random House le 7 avril 2026.