
Lors de la cérémonie, Emmanuel Macron a alerté sur « l’antisémitisme rampant » tout en ayant un mot pour la « souffrance palestinienne ». La France insoumise a été huée, la présence du Rassemblement national, elle, n’a pas été remise en cause.
(...) Dénonçant le fait que « le Hamas [avait perpétré] le plus grand massacre antisémite de ce siècle », Emmanuel Macron, qui a placé l’attaque israélienne dans la lignée des attentats de Nice, du Bataclan et de Strasbourg, a fustigé « l’antisémitisme rampant ». Il a aussi eu quelques mots pour « la souffrance palestinienne que les terroristes ont piétinée en prétendant la défendre » et souligné que « dans cette tornade de souffrance qu’est la guerre, toutes les vies se valent ». (...)
Des positions paradoxales
Malgré la solennité du moment, le discours présidentiel n’a cependant pas réussi à faire totalement oublier le double standard qu’il a pratiqué depuis le 7 octobre. Au sein de l’exécutif, la ligne de la France a paru osciller entre le franc soutien à Israël d’Emmanuel Macron qui a même proposé la création d’une « coalition internationale anti-Hamas » et les signaux envoyés aux Palestiniens, allant désormais jusqu’à réclamer un cessez-le-feu. (...)
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– (Contre-Attaque)
L’indécence c’est quoi ?
Le 7 février, le gouvernement organisait une cérémonie nationale officielle pour « les victimes des attaques terroristes du 7 octobre ». Rarement le deux poids deux mesures et l’inhumanité du gouvernement français n’auront autant sauté aux yeux, alors qu’un nettoyage ethnique est en cours à Gaza, que la France n’a pas un mot pour le condamner. Et pire, qu’elle le soutien matériellement. (...)
Avant cette cérémonie du 7 février, La France insoumise (LFI) – qui vient de conduire une délégation de parlementaires de gauche au poste-frontière de Rafah en Égypte pour demander le cessez-le-feu – avait pointé du doigt l’absence d’hommage rendu aux Franco-Palestinien·nes tué·es par l’armée israélienne à Gaza. En réponse à cette demande, l’Élysée a laissé entendre in extremis qu’un tel hommage serait rendu « dans un autre temps ».
La présence du RN banalisée
Mais c’est sur LFI que l’attention était focalisée mercredi dans les coulisses de la cérémonie, tandis que la présence du Rassemblement national (RN) n’a suscité aucun émoi. Pourtant à aucun moment Marine Le Pen n’a officiellement condamné les racines antisémites du Front national, créé en 1972 avec d’anciens collaborationnistes et dont les premiers statuts ont été déposés conjointement par Jean-Marie Le Pen et un ancien officier de la Waffen-SS. Après la participation de Marine Le Pen à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, sa normalisation se poursuit donc. Et les regards sont ailleurs. (...)
Alors que rarement un parti politique de gauche avait été autant diabolisé, la ligne de LFI a consisté à tenter de parer les coups en faisant le dos rond pour éviter tout retour de flamme : « Les polémiques doivent s’arrêter quand la nation tout entière rend hommage aux morts », a décrété la présidente du groupe parlementaire, Mathilde Panot. (...)
« Quand j’entends qu’on ne serait pas les bienvenus, je pense que c’est une rupture très grave : qu’est-ce qu’on nous reproche précisément ? Dire qu’on n’a pas condamné les actes du Hamas, c’est faux. Je n’en veux évidemment pas aux familles de victimes qui ont été abreuvées par des polémiques très dures relayées par certains médias », déplorait le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, le 6 février.
L’amertume était donc forte à gauche, lors de cette cérémonie contrastée où la présence du RN, elle, n’a semblé gêner personne.
Dès son arrivée vers 11 h 30 sur l’esplanade des Invalides, le député insoumis Aymeric Caron a été hué par quelques personnes qui s’étaient regroupées. La veille, il voyait cet événement comme un « rappel de l’indispensable lutte contre l’antisémitisme et contre tous les racismes », et demandait : « Pourquoi n’irais-je pas ? » Mais le soupçon diffusé depuis des semaines par les médias Bolloré, l’extrême droite et une partie du camp présidentiel, a porté ses fruits. Le courrier adressé à Emmanuel Macron par des familles du collectif No Silence qui demandait à ce que la présence de LFI soit « interdite », dénonçant « des propos gravissimes depuis le pogrom du 7 octobre », a achevé de rendre la présence des Insoumis·es quasiment impossible.
En cause : le refus des dirigeant·es de LFI de qualifier de « terroriste » l’offensive du Hamas du 7 octobre, préférant parler de « crimes de guerre » ou d’« actes de terreur ». LFI s’était par la suite démarquée par son refus de participer à la marche du 12 novembre 2023 contre l’antisémitisme organisée par Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, et ralliée par le Rassemblement national (RN). Depuis, à de multiples occasions, des collectifs pro-israéliens (comme le collectif Nous vivrons) ont perturbé des événements publics organisés par Jean-Luc Mélenchon et les siens, contribuant à les rendre indésirables lors de cet hommage. Le même slogan résonnait ainsi dans la petite foule réunie devant les Invalides : « Insoumis, le Hamas te dit merci ! »