La rapporteuse des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, se trouve une fois encore exposée à une campagne politique qui la prend pour cible. Francesca Albanese apparaît aux puissants comme un cauchemar : une femme affranchie de la peur, qui défend les droits des faibles face à l’autorité des protégés.
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Réprimer le droit international et ceux qui s’en portent garants
Ce n’est pas la première fois qu’Albanese subit des campagnes d’hostilité et des accusations orchestrées par la propagande israélienne et ses relais en France, et plus largement en Europe. Elle a été visée à répétition après chacun des rapports qu’elle a publiés, en tant que rapporteuse onusienne, sur le crime de génocide à Gaza. Et parce qu’elle a su s’imposer, sur les plans juridique et médiatique, dans une grande partie du monde, en fédérant l’attention de millions de personnes — notamment parmi les étudiants des universités occidentales — elle se trouve désormais exposée à deux catégories d’attaques. La premières, menée directement par Israël, ses alliés et ses agents, vise à discréditer tout ce qu’elle entreprend et tout ce qu’elle dit, et à ruiner sa réputation. La seconde émane de responsables politiques occidentales : tantôt acquis à Israël, tantôt silencieux devant ses crimes, tantôt tétanisés par la peur de s’y opposer ; tous sidérés de voir une femme Italienne défendre un droit international et des principes humains qu’ils entendent étouffer dès lors qu’il s’agit de victimes palestiniennes, ou redoutant de prononcer ce qu’elle prononce, et s’en prenant à elle avec d’autant plus d’acharnement qu’elle met à nu leur lâcheté et leur indignité.
Albanese a d’ailleurs été récemment frappée par des sanctions étatsuniennes imposées par l’administration de Donald Trump, de la même manière que les sanctions ont visé la Cour pénale internationale, son procureur et trois de ses juges (dont un Français), pour avoir émis deux mandats d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’encontre du Premier ministre israélien et de son ancien ministre de la Défense. Dans le cas d’Albanese, la raison des sanctions trumpiennes tient, pour l’essentiel, à son rapport consacré aux dimensions économiques et utilitaristes du génocide, ainsi qu’à la participation de multinationales au financement de ce génocide ou à l’accumulation de profits tirés de sa prolongation. (...)
Epstein, ou l’éthique du capitalisme et de la domination masculine
Au moment même où la campagne contre Albanese se déployait, le monde suivait la publication autorisée d’épisodes de l’affaire Jeffrey Epstein, qui exposent au grand jour le degré de déchéance ayant rassemblé des responsables politiques, des membres de familles royales, des entrepreneurs, des hommes d’affaires d’Amérique et d’Europe, aux côtés de criminels comparables venus d’autres continents, tous associés dans des délits financiers et sexuels. Ils se dérobent à l’impôt par l’évasion et la fuite des capitaux ; ils violent des adolescentes, ou des femmes à qui l’on a promis un travail et un avenir que des criminels et criminelles influents, en quête de davantage de pouvoir et de postes, les leur acheminent vers leur fameuse île des Caraïbes. Certains entretiennent des liens avec des agents de renseignement, des diplomates et des faiseurs d’opinion appartenant à ce « club des puissants » habitué à l’impunité. (...)
Ces victimes étaient des faibles, à un moment où les puissants ne se soucient que de ceux qui leur sont supérieurs en puissance : ceux qui, plus qu’eux, peuvent violer les lois et s’en affranchir.
C’est précisément pour cela que Francesca Albanese leur apparaît comme un cauchemar : une femme affranchie de la peur, qui défend les droits des faibles face à l’autorité des protégés. Elle agit avec assurance malgré les sanctions. Dans ses rapports, elle défie un dispositif global de domination, qui n’est pas sans rappeler celui d’Epstein. Elle alimente une colère et une lucidité au sein d’une génération nouvelle, en Europe et ailleurs, à laquelle les partisans de l’impunité israélienne absolue refusent d’accorder une voix et une capacité d’influence sur la décision politique. C’est ainsi que se déchaînent contre Albanese campagnes et sanctions.
Ses détracteurs ne répondent jamais au fond de son travail ni à la teneur de ses propos (...)
Comme si nous étions face à un ordre qui a permis à Epstein et à ses complices de commettre leurs crimes, et à Israël de mener son génocide, puis qui juge une rapporteuse onusienne parce qu’elle n’a pas choisi, comme eux, le silence, ou parce qu’elle n’a pas cherché à se fondre dans le club des puissants.
D’où la nécessité d’affirmer aujourd’hui, sans la moindre hésitation, que soutenir Albanese face à la campagne dont elle est la cible est un devoir qui dépasse toute relation avec elle, ou avec sa personne, et même l’estime pour sa probité et son courage en ce qui concerne la Palestine. C’est un soutien à ce qui subsiste encore de droits et de principes, refusant de plier devant la logique de la brutalité, du chantage, de la falsification et du crime organisé, à l’heure même où le monde est conduit par un homme du type de Donald Trump et par d’autres anciens amis d’Epstein.