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l’Humanité
Enseignante poignardée à Sanary-sur-Mer : l’immobilisme institutionnel au prix du sang
#EducationNationale
Article mis en ligne le 11 février 2026
dernière modification le 8 février 2026

Le 3 février dernier, une professeure d’arts plastiques a été poignardée par un élève. Elle se trouve aujourd’hui entre la vie et la mort. Ce drame, loin d’être un fait isolé, révèle une nouvelle fois les défaillances profondes du système éducatif et de la prise en charge de la violence scolaire en France.

Comme à l’accoutumée, la réponse institutionnelle s’est voulue immédiate : mise en place d’une cellule psychologique, communication officielle, visite du Ministre, promesses de suivi. Pourtant, derrière ces mesures d’urgence se dessine une réalité immuable : aucune réforme structurelle n’est engagée, aucune protection durable n’est assurée, et les causes profondes demeurent ignorées.

Une réponse sécuritaire au détriment de l’éducation

Face à la recrudescence des violences, l’institution privilégie désormais une logique répressive : portiques de sécurité, contrôles renforcés. Mais l’éducation, dans sa dimension préventive et humaine, semble reléguée au second plan. La fragilité psychologique croissante des enfants et des adolescents, pourtant largement documentée, ne fait l’objet d’aucune prise en charge suffisante, pourtant tous les jours dans nos classes, nous enseignants constatons des élèves souffrant de pathologies.

L’école est confrontée à une société profondément transformée : effritement des repères éducatifs, isolement des familles, inaction de nombreux parents, surcharge des enseignants démunis et maltraités, disparition progressive des pratiques pédagogiques structurantes. À cela s’ajoutent l’omniprésence des réseaux sociaux, qui brouillent les frontières entre bien et mal, public et privé, et participent à une désensibilisation inquiétante à la violence, l’IA qui devient le confident et le psychologue. Le harcèlement, l’acharnement collectif, la diffusion d’images humiliantes ou violentes deviennent des divertissements banalisés, souvent justifiés par une formule glaçante : « c’était pour s’amuser ! ». (...)

Des décisions administratives déconnectées du réel (...)

Un système de prise en charge inexistant

Les dispositifs censés accompagner les élèves en difficulté apparaissent largement insuffisants. Certains programmes, présentés comme innovants, comme PHARE, reposent sur des intervenants non spécialisés, exposant les enfants à une prise en charge psychologique approximative, voire dangereuse. Les référents en santé mentale, lorsqu’ils existent, ne disposent que d’un rôle de signalement, sans moyens d’action concrets.

Le constat est alarmant : pénurie de psychologues, de médecins scolaires, manque chronique d’infirmiers. Cette carence structurelle empêche toute prévention efficace et toute réponse adaptée aux situations de crise, qui désormais est quotidienne dans la plupart des établissements.

Une répétition tragique des mêmes échecs (...)

Une responsabilité collective ignorée

À l’heure où le pays en est à son septième ministre de l’Éducation nationale, les constats se répètent, les discours se succèdent, mais les actes sont toujours absents. Cette politique de l’inaction, dissimulée derrière des réponses symboliques, met en danger élèves, personnels et familles.

La question demeure, insistante et dérangeante : dans quelle société acceptons-nous de sacrifier la sécurité et la dignité de ceux qui éduquent et de ceux qui apprennent ? (...)

L’école ne peut continuer à fonctionner comme si la violence n’était qu’un incident périphérique, alors qu’elle en devient un symptôme central. (...)