C’est un tournant majeur dans la gestion de la Cisjordanie. À quelques jours d’une rencontre cruciale Donald Trump-Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche, le cabinet de sécurité israélien a validé une série de mesures qui modifient les équilibres sur le terrain. De l’extension de l’autorité israélienne en zone palestinienne à la réforme du droit foncier, ces décisions marquent une rupture avec des décennies de statu quo.
Sous l’impulsion des ministres de la droite dure Bezalel Smotrich et Israël Katz, Israël va désormais étendre son pouvoir d’inspection et d’urbanisme jusque dans les zones A et B de Cisjordanie, théoriquement sous contrôle palestinien. Officiellement, ces mesures visent à protéger l’environnement et les sites archéologiques. Mais sur le terrain, elles constituent une intrusion civile israélienne sans précédent, explique notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.
À Hébron, le basculement est total. La municipalité palestinienne perd ses pouvoirs en matière de construction sur les zones de colonisation ainsi que sur le site du Tombeau des Patriarches, au profit de l’administration militaire israélienne. Plus radical encore : le cabinet a levé le secret sur le cadastre et aboli une ancienne loi jordanienne, ouvrant ainsi la voie à l’achat direct de terres par des citoyens juifs.
Alors que Bezalel Smotrich assume vouloir « tuer l’idée d’un État palestinien », l’appareil sécuritaire israélien s’inquiète d’une possible explosion de violence à l’approche du ramadan. Reste à savoir si Benyamin Netanyahu place Donald Trump devant le fait accompli, ou si ces mesures – décrites comme une nouvelle phase de l’annexion rampante – ont déjà reçu un feu vert discret de la Maison Blanche. (...)
Une remise en cause des accords d’Oslo
Ces nouvelles décisions du cabinet ministériel israélien restreint ne visent pas uniquement les terres palestiniennes. Elles portent atteinte à l’essence même des accords d’Oslo, démantèlent les prérogatives de l’Autorité palestinienne et, selon des analystes palestiniens, ouvrent également la voie à une phase plus dangereuse, où la Cisjordanie serait administrée comme une partie placée sous souveraineté israélienne, rapporte notre envoyée spéciale à Ramallah, Alice Froussard.
Le transfert des compétences israéliennes en matière de planification concerne également la ville de Bethléem, selon les décisions approuvées par le cabinet israélien. « Cela va donc au-delà de la politique du fait accompli, c’est une annexion réelle, institutionnelle et juridique », précise la professeure de diplomatie et de résolution des conflits Dalal Erekat. (...)
« C’est dangereux, illégal et équivaut à une annexion de facto », a déclaré Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Il a exhorté Donald Trump et le Conseil de sécurité de l’ONU à intervenir. (...)