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RFI/AFP
Autriche : le président charge l’extrême droite de former un gouvernement, une première
#Autriche #extremedroite #immigration
Article mis en ligne le 7 janvier 2025

(...) Des manifestants réunis pour crier « Nazis dehors »

Le nouveau chef par intérim des conservateurs, Christian Stocker, s’est dit ouvert à des pourparlers avec l’extrême droite, les deux partis partageant des positions proches sur l’économie et l’immigration. Les conservateurs autrichiens se sont déjà alliés deux fois au FPÖ, en 2000 et en 2017, dans un pays qui a brisé le tabou de l’extrême droite bien avant le reste de l’Europe. L’extrême droite participe par ailleurs actuellement à quatre des neufs gouvernements régionaux. « Les voix au sein de l’ÖVP qui excluaient de travailler avec (...) Kickl se sont fait beaucoup plus discrètes », a commenté dimanche le président.

(...) Confier au FPÖ le soin de mener des négociations est lourd de symbole : c’est une première depuis 1945 pour cette formation fondée par d’anciens nazis et dirigée par un homme qui veut se faire appeler « Volkskanzler » (le « chancelier du peuple ») – comme Adolf Hitler, natif d’Autriche, même s’il se défend de toute référence nazie. Des centaines de manifestants se sont rassemblés lundi devant le palais de la Hofburg, siège de la présidence, criant « Nazis dehors ». (...)

Herbert Kickl, l’idéologue d’extrême droite qui rejette toute idée de dédiabolisation

Herbert Kickl, 56 ans, a pris la tête du FPÖ en 2021. En jouant la carte conspirationniste face aux restrictions anti-Covid, il a su faire oublier les scandales de corruption qui avaient laminé son prédécesseur. Nerveux, toujours dissimulé derrière une barbe de trois jours, il a opté pour une ligne dure, opposée aux médias, aux LGBT+, à l’Europe et aux élites, loin de toute stratégie de dédiabolisation. Cet ex-ministre de l’Intérieur ménage par ailleurs la Russie malgré l’invasion de l’Ukraine.

Petites lunettes rondes et silhouette de marathonien, l’ancien étudiant en philosophie et en histoire assume également sa proximité avec les identitaires contre un ennemi commun : l’islam. Il parle sans s’excuser de « remigration » – un projet anticonstitutionnel de déchéance de nationalité et d’expulsion des Autrichiens d’origine extra-européenne – et a l’insulte facile envers ses adversaires. (...)

« Herbert Kickl est l’idéologue du parti. Il était le responsable des discours de Jörg Haider qui ont été condamnés pour antisémitisme. C’est lui qui est à l’origine des dérapages contrôlés et voulus dans les discours du parti d’extrême droite. Il a représenté une ligne dur. Herbert Kickl n’hésite pas à questionner l’existence même du réchauffement climatique. Il a déclaré, lors des dernières élections, qu’il voulait ’’tuer le communisme climatique’’, mélangeant un peu tout. Concernant le rapport aux étrangers, il appelle à une remigration, c’est-à-dire un départ de force de certains étrangers jugés indésirables », confirme Jérôme Segal.

Faute d’accord entre conservateurs, libéraux et sociaux-démocrates, l’Autriche s’en remet à l’extrême droite (...)

Les formations avec lesquelles négociait le Parti populaire avant la démission de Karl Nehammer dimanche ne sont parvenues à un accord car il y avait trop de divergences sur des points cruciaux. Les premiers a avoir quitté les discussions sont les élus de Neos, la formation libérale autrichienne, qui refusaient toute réforme des retraites, qui était une condition sine qua non du SPÖ, le parti social-démocrate. Ensuite le Parti populaire a, à son tour, claqué la porte, refusant toute augmentation d’impôts, là encore une condition sine qua none des sociaux-démocrates. En l’absence de ces formations, il était impossible de trouver un accord pour mettre en place un gouvernement.

Un gouvernement de coalition entre les conservateurs et le FPÖ ne serait toutefois pas une première en Autriche : le dernier en date a duré moins de deux ans, entre décembre 2017 et mai 2019. Par contre, ce serait la première fois qu’un membre du FPÖ, un parti fondé par d’anciens nazis, s’empare de la chancellerie. Et Herbert Kickl, son leader, n’est pas n’importe qui. Il a toujours été dans l’ombre des anciens dirigeants de cette formation. C’était par exemple la plume de Jorg Haider, décédé en 2008.

Et contrairement par exemple à Marine Le Pen en France, Herbert Kickl ne cherche pas à dédiaboliser son parti. Au contraire, il assume ses positions racistes, islamophobes, pro-russes, hostiles à l’immigration et à l’Union européenne. Et c’est ce qui a permis au FPÖ de remporter les dernières élections législatives et d’être aujourd’hui mandater pour former un gouvernement.