Révisionniste, xénophobe, néocolonialiste, raciste, nationaliste, va-t-en-guerre, militariste, financé par Stérin, désapprouvé par le Ministère de l’Education Nationale… Ce n’est pas la première fois que SUD éducation 85 et la CGT 85 appellent au boycott du Passeport du Civisme. Cette fois nous appelons toute la communauté éducative au refus clair et net de ce dispositif : enseignant·es, AESH, parents, FCPE, associations d’éducation populaire, élu·es municipales·aux…
De son financement à sa création, de son contenu aux cérémonies qui l’entourent, ce dispositif cumule les liens avec l’extrême droite et diffuse son idéologie autoritaire, révisionniste et discriminante au cœur des écoles élémentaires !
Nous demandons aux inspecteurs et inspectrices d’académie, aux recteurs et rectrices ainsi qu’à la Ministre de l’Education Nationale de faire interdire ce dispositif qui est une entorse à la neutralité politique et qui est une porte ouverte aux idées d’extrême droite dans les écoles.
Pour un argumentaire complet et sourcé, la lecture de l’article de SUD éducation 85 est recommandé.
Par la signature de cette pétition, vous demandez vous aussi le retrait de ce dispositif de toutes les écoles.
Petit retour en arrière :
Le Passeport du Civisme est la création de Maxence de Rugy. En soi ce n’est déjà pas anodin. En effet, le maire de Talmont-Saint-Hilaire est un proche de Bruno Retailleau (c’est son ancien chef de cabinet). C’est également un ancien élève de l’ICES, cette "fac" privée catholique honteusement célèbre pour ses liens avérés avec l’extrême droite en Vendée. C’est encore un maire qui privilégie la bétonisation du littoral, sa vidéosurveillance généralisée ainsi que sa gentrification plutôt que de lutter contre l’érosion du trait de côte. Cet élu de la République n’a jamais scolarisé ses enfants dans l’école de la République, lui préférant l’école privée catholique, puis une école hors contrat proche des milieux catholiques conservateurs de la paroisse St Louis. Une école où la prière côtoie l’uniforme et le lever du drapeau.
Déjà, en cernant le papa du Passeport, on ne peut que se dire que ça ne sent pas bon. Et ce sont ces valeurs issues d’une autre époque, ces valeurs de l’extrême-droite, que de Rugy souhaite imposer aux écoles publiques. (...)
Mais qu’y a-t-il à l’intérieur de ce Passeport du Civisme ?
Et bien ça dépend. En effet, chaque commune a une autonomie relative sur les contenues. Il y a parfois des "actions" plutôt positives, comme la visite des mines de Faymoreau, retraçant l’histoire ouvrière dans ces corons du Bas-Poitou. Mais malgré ça, on y retrouve des invariants imposés bien plus problématiques :
– La mise en avant du patriotisme, du nationalisme et de l’armée
Des actions à valider sont en lien avec les associations d’anciens combattants. Et là, il ne s’agit pas de la très pacifiste 4ACG, non, mais d’unions locales pouvant excuser l’usage de la torture ou parfois très très proche de l’extrême-droite. Citons en exemple cette association d’anciens d’Algérie des Sables dont le président n’a rien trouvé de mieux que d’organiser la projection d’un film xénophobe interdit outre-Manche avec comme invité d’honneur était Bruno Gollnisch.
Autre action en lien avec ces nostalgiques des massacres, la participation aux commémorations du 11 novembre ou du 8 mai, voire la très problématique date du 5 décembre instaurée par Jacques Chirac pour honorer uniquement les victimes « mortes pour la France » de la guerre d’Algérie. Le discours type « Morts pour la France » ne trompe plus personne. Aucuns de ces pauvres jeunes, surtout les fusillés pour l’exemple, ne voulait partir pour servir de chair à canon. L’enrôlement était forcé dans une guerre seulement désirée par les puissants qui eux, ne s’entre-tuent pas.
Au programme, lever de drapeau, Marseillaise, discours nationalistes, hommes en arme… et pour certaines communes, invitation à une messe !!!
Et ce n’est pas tout. Car sous un faux-air de cahier de vacances, sur certains livrets, on demande à l’élève de colorier le drapeau, compléter les paroles de la Marseillaise, tout en lui expliquant que la guerre d’indépendance de l’Algérie a "meurtri" la France et que les résistants algériens étaient des "barbares » qui ne valaient pas mieux que les nazis… Du révisionnisme postcolonial dans toute sa splendeur, avec quelques teintes de xénophobie et de racisme nauséabond.
Pour une autre action sans aucun lien avec les forces de l’ordre (l’éducation aux outils numériques), des mairies décident pourtant que l’enseignant·e n’est sans doute pas assez pédagogue et font délivrer donc cet "enseignement" par des gendarmes ou des policier·ères (...)
Un révisionnisme historique validant le roman puyfolesque
Les actions "culturelles" sont aussi problématiques puisqu’elles se déroulent la plupart du temps dans des lieux du révisionnisme de l’histoire vendéenne, ne transmettant pas plus de contenu validé scientifiquement que le roman « puyfolesque » écrit par le politicien d’extrême droite Philippe De Villiers.
Nous pouvons citer le Passeport de la ville des Herbiers qui est représentatif de cette grave dérive que nul·le enseignant·e ne peut valider déontologiquement, et dont le contenu historique oriente vers la thèse, historiquement invalidée par la communauté scientifique, du "génocide vendéen".
Au programme, l’Historial de la Vendée dont le contenu révisionniste est bien connu de n’importe quel·le lecteur·trice des ouvrages de l’historien Jean-Clément Martin ; mais aussi le château du parc Soubise, le logis de la Chabotterie ou pire encore : le Puy-du-Fou lui-même !
En effet, en fin d’année scolaire 2022-2023, la remise des diplômes du Passeport du Civisme s’est faite dans le parc du Puy-du-Fou. Informé·es par SUD éducation, choqué·es, des enseignant·es ont refusé d’emmener leurs élèves dans ce temple du révisionnisme abritant une école hors contrat aux mœurs d’une autre époque (non mixité, uniformes, éducation genrée...
Là encore, certaines communes sont passées au-dessus du refus des enseignant·es, au-dessus de leur liberté pédagogique, et ont emmené les élèves encadré·es par des personnels municipaux, laissant les enseignant·es sans leurs élèves. Et tout ça au nez et à la barbe de la Dasen.
Le pire était à venir
Mais c’est lors de la remise des passeports du Civisme 2025 que toutes les limites de la décence ont été franchies. Cette cérémonie a eu lieu au Vendespace. Les élèves devaient venir avec un code vestimentaire rappelant franchement les horribles uniformes désirés par De Rugy : du gris, du gris et encore du gris. Les élèves ont dû rester toute la journée (caniculaire) à l’intérieur de la salle pour des questions de sécurité. Mais sécurité de qui ? Pas de la ministre de l’Éducation non, car ce Passeport n’a rien à voir avec de l’éducatif. Mais sécurité du ministre de l’Intérieur, le très très à droite Bruno Retailleau, venu célébrer l’événement. Et afin de bien montrer aux enfants qu’on n’est pas là pour rigoler, un énorme drapeau français est arrivé par hélicoptère (bravo le bilan carbone… pour l’éducation à l’environnement on repassera) le tout porté par des militaires du GIGN.
Et pour "récompenser" les élèves pour leur patience à subir tout ça, un "spectacle" à été donné… Et quel spectacle ! Puisqu’il s’est agi d’une représentation du groupe de rock révisionniste Historock. Ce groupe dont le peu d’intérêt artistique n’a d’égal que le massacre de l’Histoire au sens scientifique du terme. Où Napoléon est allégrement mélangé avec du Clovis, Jeanne d’Arc ou Vercingétorix… (...)
Face à toutes cet entrisme des idées d’extrême-droite au sein de l’enseignement public et laïc, des enseignant·es refusent d’entrer dans ce dispositif. Mais pas que. A Vertou, ce sont des parents d’élèves qui questionnent sérieusement la neutralité politique du Passeport du Civisme. Mieux encore, en Bretagne, suite aux révélations du Canard Enchaîné, 3 maire·sses ont décidé de se retirer du dispositif (Trégunc, Melgven et Concarneau). SUD éducation 85 et la CGT 85 encouragent les équipes éducatives, les associations de parents d’élèves ainsi que les équipes municipales à prendre clairement position contre cette entorse à la neutralité politique dans les écoles, et met son outil syndical à disposition des enseignant·es voulant quitter ce dispositif honteux.
Pour résumer :
Le Passeport du Civisme c’est :
– financé par l’extrême droite,
– créé par un maire aux idées d’extrême droite,
– une porte d’entrée vers du révisionnisme historique,
– la porte ouverte aux armes et aux uniformes dans les écoles,
– la diffusion du patriotisme et du nationalisme.
Tout à l’opposé des valeurs d’émancipation portées par SUD éducation et la CGT.
Les actions positives que contient parfois le Passeport du Civisme (échanges intergénérationnels à l’EHPAD, visites de sites pédagogiques, plantation de haies…) peuvent très bien être mises en œuvre par l’école et la municipalité sans passer par un dispositif extérieur.
C’est pourquoi nous appelons, par cet article et par le biais d’une pétition, tous les personnels, les parents d’élèves, les élu·es… à refuser ce dispositif anti-pédagogique au service des idées d’extrême droite !
Interpellons les mairies pour qu’elles mettent un terme à leur affiliation au Passeport du Civisme ! (...)