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Marie-Claude Saliceti
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ZAD du Testet : Chronique d’une mort annoncée
Article mis en ligne le 8 décembre 2014

Beaucoup d’encre et de larmes ont coulé depuis la mort de Rémi Fraisse, étudiant ­botaniste, sur la ZAD du Testet. Loin d’être purement accidentel, ce décès est le résultat d’un patient acharnement politique et policier. Retour sur cette mobilisation sous tension à travers une visite pastorale de la vallée du Tescou.

Aux yeux de tous ceux qui luttent contre le barrage, ce rassemblement du 25 octobre est une ultime tentative pour arrêter les travaux.

Malgré des tentatives d’obstruction aussi bien juridiques que physiques, le déboisement entamé précipitamment le 1er septembre sous les ordres de Thierry Carcenac, président du conseil général (CG), a déjà détruit 25 hectares de cette forêt, jadis désignée sur le site du CG comme une « zone humide remarquable ». « Comment le conseil général peut-il détruire cette forêt, alors qu’il nous paie pour organiser dans ce même lieu des initiations à la nature ? », remâche Antoine en remontant le sentier. Il est animateur nature dans un organisme d’éducation à l’environnement financé par le CG  : 4-5 fois par an, il amène des classes dans la maison départementale de la forêt de Sivens. « J’ai même une affiche coréalisée par le conseil général et mon asso sur la disparition des zones humides  !

Dans plusieurs organismes locaux, y compris le nôtre, on a reçu des rappels à l’ordre du conseil général en appelant à notre “obligation de loyauté” et de “discrétion”. » Contes en balades, une association de conteurs qui organise des randonnées à Sivens, a même été menacée de se voir privée de subventions.

Un pandore  : « Il va finir par y avoir un mort. »

Ce matin du 25, en descendant du hameau de St-Jérôme sous les sonnailles d’une centaine de bêtes, on aperçoit la D999 à proximité de laquelle, tout début septembre, quatre jeunes se sont ensevelis sur la route jusqu’au cou pour empêcher le passage des abatteuses forestières. Le « jour des enterrés » a marqué les esprits  : en fin d’après-midi, 15 minutes après le départ des médias, les gardes mobiles gazent tout le monde et piétinent les jeunes pour faire passer les engins, envoyant une fille sans connaissance à l’hôpital – elle s’en sortira avec une simple foulure. Depuis le début des travaux, tout est mis en œuvre pour faire décamper les zadistes. (...)

Épilogue. Une semaine après la mort de Rémi Fraisse, tué d’une grenade par les gardes-mobiles, plusieurs milliers de personnes sont venues replanter et construire la zone dévastée. Sur la zone décapée par les engins, où est tombé le jeune manifestant, un château fort de planches et de palettes est en construction, avec un authentique pont-levis et des douves. En remplacement des arbres qui servaient de postes d’observation aux occupants, des tentes ont été perchées au sommet de deux fortins de bois hauts d’une dizaine de mètres et surmontés de plates-formes. Un peu plus loin dans la pinède, les éleveurs ont construit une « cabane du berger » en planches « qui pourra servir de repli en cas d’expulsion ». A quelques pas de là, un groupe creuse un puits. Ailleurs, les fossoyeurs creusent une tombe.