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Vercors : la chasse de retour dans une aire protégée
Article mis en ligne le 20 juillet 2022

Un an après la réautorisation de la chasse au cerf sur une parcelle protégée en Isère, la colère reste intacte pour les associations écologistes. Elles dénoncent une décision politique prise sans concertation avec les instances de protection de la nature.

Cela faisait vingt-sept ans que la faune sauvage pouvait gambader en toute quiétude sur une parcelle de la réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors [1]. En 1994, le conseil départemental de l’Isère a fait interdire la chasse sur cette propriété publique de 4 000 hectares, sur les communes de Gresse-en-Vercors et de Chichilianne, en plein cœur du Parc naturel régional du Vercors. Mais la date du 28 mai 2021 a tout chamboulé : le retour de la chasse a été acté. Un an après cette décision, le débat reste vif dans la région.

Dans une pétition, près de 89 000 personnes s’opposent toujours à l’ouverture de la chasse dans cette zone. Et c’est bien le cerf élaphe qui cristallise les tensions, même si la zone, composée d’une forêt de hêtres, de sapins et de grandes prairies, est aussi le refuge d’espèces menacées comme le tétras lyre, le lagopède alpin, le gypaète barbu ou encore le lièvre variable.

Car c’est au nom de la régulation du cerf élaphe que le conseil départemental de l’Isère a validé le 28 mai 2021 [2] le retour du fusil dans cette zone pourtant estampillée Espace naturel sensible (ENS), Natura 2000 et Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). (...)

Car les cerfs, en bons végétariens, raffolent des jeunes sapins, hêtres, épicéas et érables au point de mettre en péril la viabilité économique des forêts de l’Office national des forêts (ONF). (...)

Mais au nom de l’« équilibre sylvo-cynégétique », soit le stade où les populations d’herbivores permettent la régénération naturelle des forêts, la chasse est désormais autorisée sur 81 % du territoire de la réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors. (...)

Informer sur la chasse dérange

« L’idée d’une régulation indispensable, c’est totalement mensonger, certifie Jean-François Noblet, figure naturaliste locale et fondateur de France Nature Environnement (FNE) Isère [4]. Les cerfs ont plutôt tendance à maintenir ouverts les paysages et les grandes prairies des Hauts-Plateaux qui servent pour l’estivage. Le seul espace où l’impact du cerf a été étudié est sur la réserve biologique intégrale [5], et certes, le rapport signale des dégâts en augmentation en 2016, mais surtout une stabilisation au moment de l’arrivée du loup. » (...)

Des plans de chasse décidés sans les instances de protection de la nature (...)

Le fait que la réserve naturelle n’ait pas voix au chapitre au sein de la CDCFS complique sa mission de préservation, selon Benoît Betton, le conservateur chargé d’évaluer l’état des Hauts-Plateaux (...)

Les prérogatives des Fédérations des chasseurs renforcées sous Macron (...)

« On demande que la chasse aux cerfs ne soit pas ouverte tant que l’étude scientifique, qui a été demandée au comité scientifique de la réserve, n’a pas eu lieu », argue Sophie d’Herbomez-Provost, de FNE Isère au sein de la CDCFS. Plus généralement, l’association plaide pour que la chasse soit interdite dans les réserves naturelles. Mais l’influence des Fédérations des chasseurs dans les instances décisionnaires, la cohabitation entre les activités forestières et de préservation de la nature, ainsi que les effets du réchauffement climatique semblent éloigner cette perspective