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RFI
Environnement : « Le bassin du Congo va devenir l’un des sites les plus importants pour la santé de la planète »
#Congo #ecosystemes
Article mis en ligne le 15 février 2026

À travers son exposition « Au cœur du bassin du Congo » visible à la galerie Angalia à Paris jusqu’au 28 février, le photographe britannique Hugh Kinsella Cunningham dévoile un autre visage de la République démocratique du Congo et de ses pays frontaliers. Loin des seuls récits de guerre, il célèbre la puissance du bassin du Congo, poumon vert de l’Afrique, tout en alertant sur les menaces qui pèsent sur cet écosystème vital pour la planète.

(...) Hugh Kinsella Cunningham : En parcourant mes archives, je me suis rendu compte que j’avais en fait visité beaucoup plus de régions du Congo que je ne le pensais. C’est une zone tellement vaste que je croyais n’en avoir vu qu’une infime partie. Mais en parcourant tous mes différents travaux pour des magazines au fil des ans, ainsi que les différents projets et parcs nationaux que j’avais visités, je me suis dit que j’avais suffisamment de matière pour vraiment montrer aux gens la richesse et la beauté des différentes régions et des différents écosystèmes. Le bassin du Congo va bientôt devenir l’un des sites les plus importants pour la santé de la planète, c’est le poumon vert de l’Afrique. Il absorbe toujours plus de carbone qu’il n’en émet. (...)

Il y a des choses extrêmement surprenantes à découvrir au Congo. À la frontière avec l’Ouganda, vous avez des glaciers qui fondent, et de l’autre côté du pays vous pouvez trouver les derniers zèbres du Congo dans un parc national. Mais je pense qu’il est également important de dire que beaucoup de gens vivent encore dans des zones de conflit et que le conflit n’est jamais loin. Il y a donc beaucoup de sites d’une grande beauté naturelle qui sont juste à côté de zones de conflit. (...)

J’ai suivi beaucoup de gens qui coupent des arbres pour faire du charbon de bois, cela pourrait donner l’impression que la population elle-même est le principal problème en termes de déforestation massive au Congo qui a perdu un million d’hectares de forêt par an en 2023 et 2024, en supposant que cette tendance se poursuive. Mais en réalité, ce sont les énormes concessions forestières industrielles qui déboisent une grande partie du bassin du Congo qui sont les vraies responsables et celles-ci sont beaucoup plus difficiles d’accès pour un photographe. J’ai dû avoir recours à des photos prises discrètement par drone pour avoir une idée de l’ampleur de la déforestation en cours dans le bassin du Congo. J’ai également pu photographier une péniche, on en voit parfois passer sur le fleuve. Elle comptait environ trois segments contenant des centaines de grumes de bois, dont certaines étaient absolument gigantesques. (...)

Sur une des photos de l’exposition, on voit le village de Lalama et les tourbières qui l’entourent. Elles retiennent le carbone. On l’a découvert assez récemment, mais ces tourbières retiennent aujourd’hui 30 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, ce qui équivaut à trois ans d’émissions de toute la planète rien que dans cette seule région. Il est donc évident que c’est un site très important à préserver. (...)

Dans certains endroits, le point de basculement a déjà été atteint. La fonte des glaciers du bassin du Congo est quelque chose de très emblématique à photographier car même si les efforts de conservation sont bien intentionnés, il est trop tard. Le glacier du Rwenzori aura disparu d’ici la prochaine décennie. (...)

Pensez-vous que les risques environnementaux qui pèsent sur la forêt amazonienne soient les mêmes pour le bassin du Congo ?

Ce qui protège beaucoup de régions du Congo, c’est essentiellement leur éloignement et leur accessibilité difficile. La zone peut encore être protégée. Il y a eu ces dernières un tollé général parce que le gouvernement congolais allait mettre en place un plan visant à vendre aux enchères certaines zones, y compris dans des zones protégées, pour obtenir des droits de forage pétrolier et gazier. Cette vente aux enchères a été annulée en 2024, mais cela a montré les enjeux et le fait que cette vente aux enchères n’ait jamais eu lieu est un signe très positif. (...)