MATIN. Ses messages parviennent de façon aléatoire, toujours discrète, et toujours le matin, mais pas chaque matin ; des messages de souffrance, de solitude, comme des rapports de guerre sociale non dite, que le #Confinement aurait rendu palpable à défaut d’être tout à fait visible (et #OnOublieraPas). L’autre matin : « Panique room. Appel 15 en pleine nuit, dans une résidence, pour une jeune femme et un motif confus. Sur place : négociation âpre pour rentrer, je dois glisser ma carte pro sous la porte. On m’ouvre, jeune femme seule qui met dix minutes à se calmer. La situation : a utilisé ses dernières unités pour appeler à l’aide le 15 ; plus rien à manger, que des boites de conserves vidées sur la table de salon et des cendriers débordants ; désordre d’apocalypse ; ne dort pas depuis des jours ; phobique du virus, donc ne sort plus depuis 15 jours, vit barricadée plus que confinée... Anxiolytiques et mon téléphone pour que sa famille vienne la chercher. Visite longue. »
(...) Et ce matin, SOS médecin fin du monde : « Hier nuit, sur Colombes, appel pour décès. Femme, 72 ans. Sur place police, judiciaire, pompiers, spécialiste du monoxyde. J’arrive et constate une femme sous insuline, hypertendue. L’autotensiomètre sur la table crache sa mémoire : 135 mmHg en pression diastolique (normale à 80), peu de doutes sur la défaillance vasculaire... Cela signifie qu’elle s’est abstenue d’appeler et s’est « cachée » ce temps. A en mourir. Victime collatérale invisible du Covid, aucune statistique pour cela. »
APRÈS-MIDI. Depuis mon balcon de fortune, c’est l’été ; quatre étages plus bas, c’est le défilé. Devant la supérette, ça rediscute, comme Avant, ça s’interroge, sur l’Après, et ça réfute : ils sont dingues au gouvernement, ou quoi ? Les enfants n’iront pas à l’école lundi, les miens, si, parce que j’en peux plus ! J’en peux plus ! (...)