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Une société peut-elle vivre en considérant 99 % comme inutiles ?
Article mis en ligne le 14 septembre 2017

J’ai vu passer il y a quelques jours deux phrases que je veux mettre en relation.

La première :

En 2050, les gens avec moins de 150 de QI ne serviront à rien.

La deuxième :

Une société ne peut pas vivre en partant du principe que seul son tiers supérieur a une valeur sociale.

La première phrase est de Laurent Alexandre.

Je ne sais pas très bien quand exactement elle a été formulée. On la retrouve par exemple dans un article de Vice daté du 25 mai 2016. Ce brave homme est devenu une « personnalité médiatique » très en vue, une sorte de prophète du transhumanisme, et autres lendemains qui déchantent.

En 2050, les gens avec moins de 150 de QI ne serviront à rien.

Si on s’en tient à la théorie du QI comme gaussienne (ou « distribution normale »), 100 étant la moyenne, moins de 0,1% de la population un QI au-dessus de 145. Evidemment, Laurent Alexandre imagine, dans d’autres articles, que le niveau va monter. Mais le message est clair. Il n’y aura pas de place tout le monde. Il n’y aura de place que pour, peut-être, juste 1%. Vae victis.

Cette phrase est une version sophistiquée des fulgurances méprisantes récurrentes du petit président, celui qui se prend pour Jupiter, contre les ouvrières illettrées, les nordistes alcooliques, « les gens qui ne sont rien », les « fainéants », et on attend la suite.

Derrière un vernis scientifique, ou méritocratique, cette phrase est d’essence oligarchique. Cela fait bien longtemps, en ce qui me concerne, que j’ai compris que le discours transhumaniste, derrière une façade idéaliste ou utopique, cache un projet fondamentalement inégalitaire et antisocial. (...)

Certains croient encore que « l’intelligence » est indépendante de l’origine sociale. Je n’y crois plus. Je me suis toujours méfié de l’idée même de mesurer l’intelligence en valeur absolue, du QI et de ce genre de notions ; j’ai toujours considéré que l’intelligence est plurielle et contextuelle. Mais surtout, je pense que « l’intelligence » utile socialement est socialement construite. Pour faire court, les gosses de riches, même idiots, bornés, bêtes, auront accès aux outils et aux formations « d’élite », et finiront par passer pour « plus intelligents ». Les gosses de pauvres, même brillants, futés, doués, n’auront rien, et finiront par passer pour « moins intelligents ».

Ce qu’on appelle aujourd’hui les « nouvelles technologies » (tablettes, smartphones, réseaux sociaux, etc) peuvent probablement servir à rendre les enfants plus intelligents. Je suis hélas persuadé que, pour la plus grande partie de la population, ces « nouvelles technologies » servent juste à hypnotiser, à neutraliser, à abrutir. Massivement. (...)

Autrement dit, je ne crains pas la technologie, je crains ce que le système socio-économique en fait. Je ne crains pas les machines, je crains les propriétaires des machines. Je ne crains pas l’IA, je crains le GAFAM. (...)

La deuxième phrase est d’Emmanuel Todd.

Il l’a prononcée sur France Culture, dans l’émission « La Grande Table », le 1er septembre 2017 (c’est vers la fin, à 29’10 »). Emmanuel Todd fait la promotion de son dernier livre, que je n’ai pas encore lu, intitulé « Où en sommes-nous ? ». Et il insiste :

Une société ne peut pas vivre en partant du principe que seul son tiers supérieur a une valeur sociale.

Je ne crois pas que c’est une pensée très originale. On devrait probablement pouvoir trouver des formulations équivalentes d’autres auteurs, contemporains ou plus anciens. Ou des formulations plus triviales, genre « on est tous sur le même bateau ».

Et pourtant cette deuxième phrase est en téléscopage complet avec la première phrase.

Si Emmanuel Todd a raison, alors nous n’arriverons pas à 2050, ni même à 2030, voire à 2020, sans passer par une violente guerre civile. (...)

Serons-nous encore une « société » en 2050 ?

Ma fille aura mon âge en 2050.

Qu’est-ce qu’on fait des perdants ?

L’une des phrases les plus importantes de cette décennie a été prononcée le 9 avril 2016 par Frédéric Lordon :

On ne tient pas éternellement une société avec BFMTV, de la flicaille et du Lexomil. (...)

Dans une interview au Figaro datée du 2 juin 2017, Laurent Alexandre explique :

On ne sauvera pas la démocratie si nous ne réduisons pas les écarts de QI. Des gens augmentés disposant de 180 de QI ne demanderont pas plus mon avis qu’il ne me viendrait à l’idée de donner le droit de vote aux chimpanzés.

Dans une interview à Libération datée du 6 septembre 2017, Emmanuel Todd conclut :

Le gros de l’histoire humaine, ce n’est pas la démocratie. L’une de ses tendances lourdes est au contraire l’extinction de la démocratie. En Grèce, en France, les gens votent, et tout le monde s’en moque. Pour un citoyen, c’est tout de même embêtant. Pour un Français qui se pense français, c’est carrément humiliant. Mais un historien sait qu’il y a une vie après la démocratie. (...)