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Le Monde
Une grève illimitée débute dans plusieurs services d’urgences, à Paris
Article mis en ligne le 15 avril 2019

Effectifs, sécurité, salaires : infirmiers et aides-soignants interpellent la direction de l’AP-HP et espèrent faire tache d’huile.

Remplacement systématique des congés maternité, renfort de 45 soignants supplémentaires… Depuis le début de la semaine, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a multiplié les annonces et les visites sur le terrain pour tenter de désamorcer le mouvement de protestation en germe dans plusieurs services d’accueil des urgences (SAU) du plus grand groupe hospitalier de France.

Peine perdue. Dimanche 14 avril dans la soirée et lundi 15 avril, les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpétrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée pour demander une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Ce mouvement, dont ses organisateurs espèrent qu’il se propagera aux vingt autres SAU du groupe, puis à ceux du pays, ne devrait toutefois pas affecter la prise en charge des patients. Les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins.
Hausse continue de la fréquentation

A l’origine de cette grève, qui a reçu le soutien des syndicats SUD et CGT, le malaise des personnels paramédicaux face à la dégradation de leurs conditions de travail. (...)

« Quand on a la tête sous l’eau, c’est le patient qui en pâtit, ce n’est plus la même qualité des soins », (...)

Dans les zones d’accueil des SAU, la hausse continue de la fréquentation est directement perceptible par les personnels comme par les patients. Dans la grande majorité des services (19 sur 25), les durées de passage aux urgences ont augmenté de dix à soixante-dix minutes entre 2015 et 2018.
« Je ne suis pas sereine »

Cette saturation a été mise en lumière lorsque en décembre, une femme de 55 ans a été retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de Lariboisière, douze heures après son admission, sans avoir été examinée par un médecin. Une enquête interne avait conclu un mois plus tard que les capacités du service à fonctionner correctement étaient « dépassées » ce soir-là. Dans une tribune publiée dans le Monde peu après, quatorze chefs de service avaient estimé que cette saturation permanente des urgences « augmente considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins. (...)

les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services où sont accueillis des patients en situation de précarité, parfois atteints de pathologies psychiatriques. (...)

« On se fait défoncer la gueule et la direction nous explique qu’elle ne peut pas porter plainte parce qu’il n’y a pas eu de destruction matérielle », lance Candice Lafarge. Rappelant qu’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites a d’ores et déjà été engagé, Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer » sa mise en œuvre.

De façon plus large, les personnels grévistes réclament une reconnaissance de la spécificité de leur travail, avec l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros. « Aujourd’hui les hôpitaux ont du mal à recruter pour ces services parce que c’est devenu un boulot intenable », (...)