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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Total : les actionnaires votent pour le chaos climatique
Article mis en ligne le 29 mai 2021

L’assemblée générale de Total ce vendredi 28 mai a été, au mieux, une vaste opération de greenwashing, au pire, un terrible aveuglement. Les actionnaires ont voté massivement pour un plan « climat » qui maintient les projets d’expansion pétrolière et gazière du groupe.

Le géant pétrolier Total organisait ce vendredi 28 mai son assemblée générale annuelle. Rarement un tel rendez-vous actionnarial n’avait été autant scruté à travers le prisme de l’urgence climatique.

Mercredi, le tribunal de La Haye contraignait l’industriel fossile Shell à réduire ses émissions de CO2 de 45 % d’ici à 2030. L’action en justice avait été engagée par Les Amis de la Terre Pays-Bas aux côtés de six autres organisations et de 17 000 Néerlandais qui se sont portés partie civile.

Le même jour, les deux principales compagnies pétrolières américaines étaient bousculées par leurs actionnaires. Durant l’assemblée générale de Chevron, une motion demandant que la firme diminue ses émissions de gaz à effet de serre a recueilli 61 % des votes contre l’avis de la direction. ExxonMobil a pour sa part annoncé l’élection à son conseil d’administration de deux représentants de l’investisseur pro-climat Engine No.1, au grand dam des dirigeants.

C’est donc dans ce contexte propice aux enjeux climatiques que Patrick Pouyanné, PDG de Total, a inauguré l’assemblée générale du groupe.

Dès son discours inaugural, le patron de la multinationale fossile a martelé vouloir transformer Total en « une major de l’énergie verte » pour faire face à « la révolution énergétique en cours ».

« 2020 a été une année charnière : au mois de mai, nous avons acté la neutralité carbone d’ici 2050, en septembre, une stratégie énergétique pour dix ans, et aujourd’hui nous actons notre changement de nom en TotalEnergies pour ancrer dans son identité, sa stratégie de transformation en compagnie multi-énergies », a déclaré Patrick Pouyanné.

Mais, rapidement, l’allocution s’est muée en opération d’enfumage.

Le dirigeant a annoncé vouloir faire du gaz fossile – notamment le GNL, gaz naturel liquéfié – un des « piliers » de la croissance de Total, avant d’assurer que la poursuite des investissements dans les énergies fossiles était indispensable pour développer les énergies renouvelables.

Deux mesures en contradiction avec le retentissant dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie en date du 18 mai. L’organisation souligne que l’atteinte de la neutralité carbone d’ici à 2050 et la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C impliquent la fin de tout investissement dans l’exploration ou l’extraction d’énergies fossiles. (...)

La dénomination sociale de Total en TotalEnergies a pour sa part reçu 99,88 % d’approbation. Lors de la conclusion de cette assemblée générale désastreuse au regard de la crise climatique, Patrick Pouyanné a clamé avec aplomb : « TotalEnergies a pour ambition d’être un acteur majeur de la transition écologique. Nous ne vous décevrons pas ! »

Le changement de nom est une vieille ficelle de communication de l’industriel fossile. Dès 1977, après un choc pétrolier et les premières marées noires bretonnes, la major lançait une campagne publicitaire signée « TotalEnergies ».

À l’époque, déjà, Total essayait de nous convaincre que le groupe était plus qu’une multinationale pétrolière.