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Reporterre
Terrorisme : et si on cherchait les causes du côté du changement climatique ?
23 janvier 2015
Article mis en ligne le 22 novembre 2015

2015 devait être l’année du climat, elle est pour l’instant celle du terrorisme, qui inonde médias et vie politique depuis les attentats de Paris. Mais le terrorisme est-il étranger à l’enjeu climatique ? Des chercheurs montrent les interdépendances entre réchauffement climatique et développement du terrorisme.

Du changement climatique à la violence politique

Plutôt que d’appréhender distinctement ces deux enjeux, un champ de recherche émergent révèle les interdépendances entre ces deux phénomènes. (...)

L’impact du réchauffement climatique, tant en termes d’instabilité intérieure que de conflits internationaux, est maintenant reconnu. Le cinquième rapport du GIEC expliquait ainsi, dans son second volet, que « le changement climatique va accroître indirectement les risques de conflit violent de type guerre civile, violence interethnique et violentes manifestations », tandis que Maplecroft, une société d’analyse des risques mondiaux, écrivait en décembre, à l’occasion de la sortie de son Atlas 2015 consacré au changement climatique, que « le commerce mondial et l’armée considèrent maintenant le changement climatique comme un impératif crucial dans la gestion des risques ». Une prise de conscience qu’avait amorcé le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, en 2007, quand il avait présenté la crise du Darfour comme une conséquence du réchauffement climatique.

L’exemple de la Syrie (...)

 Les déficits de pluie (rouge) vont en s’accentuant depuis cinquante ans dans la région méditerranéenne (NOAA) -

Difficile d’en conclure pour autant la seule responsabilité du réchauffement climatique dans le conflit syrien : « Cela doit être compris dans un contexte plus global, où le terrain était déjà miné par des réformes agraires désastreuses. De plus, le climat politique et social était particulièrement tendu », indique Ingrid Metton, avocate pénaliste et diplômée du Centre d’études sur le terrorisme au John Jay College of Criminal Justice.

La superposition des deux cartes ci-dessous est néanmoins frappante : la zone aujourd’hui contrôlée par l’Etat Islamique correspond aux territoires les plus dramatiquement touchés par les sécheresses. (...)

Assez pour établir une corrélation directe entre réchauffement climatique et terrorisme ? « L’avènement de Daesh n’est pas directement lié au réchauffement climatique, mais celui-ci a créé le terreau propice. C’était une condition nécessaire, mais non suffisante », écrit à Reporterre Charles B. Strozier, professeur d’histoire à l’Université de New-York et fondateur et directeur du Centre d’études sur le terrorisme.

Il est un des premiers à avoir fait le lien entre ces deux objets d’étude (...)

« Il y aura toujours une relation très ténue entre le réchauffement climatique et le terrorisme », dit le chercheur. Attention aux conclusions hâtives : le terrorisme ne reste qu’une des conséquences possibles du dérèglement climatique, rappelle-t-il. (...)

Mais pourquoi oublie-t-on encore les dangers du réchauffement climatique ? « Car ici, la souffrance n’est pas directement palpable. C’est une souffrance qui peut paraître abstraite, loin dans le temps, loin dans l’espace », selon Nicolas Hulot. A l’inverse, le terrorisme, lui, peut sévir en plein cœur des lieux de pouvoir, comme l’ont rappelé les attentats parisiens. Et soulever ainsi des grandes vagues de solidarité, ainsi qu’un mouvement d’union nationale. « Dans un monde binaire, il est plus facile d’identifier un ennemi commun », tranche Leila Aïchi.

Mais alors, tous unis contre le terrorisme… tous unis contre le réchauffement climatique ? Il y a plus de dix ans, David King, alors conseiller scientifique de Tony Blair, estimait déjà que le changement climatique était une menace bien plus importante que le terrorisme. Il n’a pas vraiment été entendu. Et le terrorisme continue...