Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Témoignages accablants sur les abus du microcrédit
Article mis en ligne le 26 avril 2018

Non seulement le microcrédit ne permet pas de sortir de la pauvreté, mais il constitue dans un nombre très élevé de cas à la fois un mécanisme de dépossession et d’humiliation de celles qui y recourent. Déjà plongées dans la précarité, les personnes qui entrent dans le système du microcrédit s’y enfoncent un peu plus. Dans le sous-continent indien, sur les 65 millions de personnes qui font partie du système du microcrédit, 90 % sont des femmes. À l’échelle planétaire, les femmes représentent 81 % de la clientèle du microcrédit (112 millions de personnes).

À l’issue d’une série de réunions réalisées au Sri Lanka avec des victimes du microcrédit et avec des militants qui prennent leur défense, nous présentons une série de cas emblématiques. Nous soulignons que nous n’avons pu rencontrer aucune personne tirant un bilan positif du système du microcrédit. Contrairement à l’affirmation selon laquelle le microcrédit permet un petit investissement qui va constituer le tremplin vers la sortie de la pauvreté et la réussite de l’entreprenariat, dans la plupart des cas les personnes qui recourent au microcrédit le font pour résoudre des problèmes de la survie quotidienne : loyers ou garantie locative à payer, frais liés à la scolarité des enfants, frais liés à des soins de santé, etc. Dans la plupart des cas, au Sri Lanka, les microcrédits sont octroyés à des femmes qui n’ont pas de sources de revenus. (...)

Ces exemples sont tirés d’un échange que nous avons eu dans la ville de Negombo avec une quinzaine de femmes surendettées qui ont répondu à l’appel d’une association locale qui agit pour le droit au logement. Cette association, représentée par un avocat, a participé quelques jours auparavant au 7e atelier annuel du CADTM en Asie du Sud qui portait à la fois sur les dettes publiques et sur les dettes privées, notamment celles liées au microcrédit. Cette association, comme beaucoup de militants rencontrés au cours de notre séjour, a pris conscience de l’extension très rapide du microcrédit au cours des dernières années et de la détresse que cela produit dans les couches populaires du pays, à commencer par les secteurs les plus pauvres, les nombreux foyers qui ont un revenu inférieur à 100 euros par mois. (...)

Dans tous les témoignages dont nous avons pris connaissance, les femmes qui ont eu recours au microcrédit l’ont fait afin de satisfaire des besoins élémentaires : se loger, faire face à un problème de santé, payer les frais liés à l’éducation, etc. Dans tous les cas, les femmes doivent recourir à un second et à un troisième emprunt, souvent auprès d’usuriers locaux, afin d’essayer de poursuivre le remboursement du premier tellement les conditions liées au microcrédit sont abusives et rendent impossibles le remboursement normal.

Ces situations de détresse pour les familles conduisent de nombreuses femmes à accepter des emplois de domestiques dans les monarchies du Golfe afin de subvenir aux besoins de leurs familles, dont elles doivent ainsi s’éloigner de nombreux mois. Il faut préciser qu’une longue guerre civile au Sri Lanka a fait de nombreuses femmes des mères célibataires, notamment dans les régions majoritairement habitées par les Tamils au Nord et à l’Est du pays. Ces emplois ne leur permettent pas toujours de rembourser leurs emprunts (certaines femmes n’étant pas ou peu payées sur place malgré les promesses au moment de l’embauche) et sont souvent sources supplémentaires d’oppression. Ainsi, le journal britannique The Guardian révélait il y a quelques jours que des agences recrutent des femmes pour travailler comme domestiques dans les pays du Golfe en les forçant à prendre des pilules servant de contraceptif pour plusieurs mois, accréditant le fait que ces femmes migrantes sont régulièrement violées [4]. (...)

Il est fondamental par ailleurs de remettre la problématique du microcrédit dans son contexte international. Pour ce faire, nous reproduisons ci-dessous un article d’Éric Toussaint rédigé en avril 2017, intitulé « Sortir du cercle vicieux de la dette privée illégitime au Sud de la planète ».

Plusieurs changements fondamentaux sont intervenus au cours des 40 dernières années, principalement depuis l’éclatement de la crise de la dette du Tiers-monde au début des années 1980.

Les politiques austéritaires d’ajustement structurel favorisent le recours à l’endettement privé (...)

L’application des politiques d’austérité et d’ajustement structurel ont dominé la fin du 20e siècle dans la plupart des pays, en particulier dans les pays dits « en développement » et dans les pays de l’ex-bloc de l’Est.

Ces politiques d’ajustement structurel ont été dictées par les institutions internationales alors que les gouvernements de droite ne demandaient pas mieux que de s’appuyer sur ces injonctions pour appliquer une série de contre-réformes qui toutes servaient les intérêts des grandes entreprises privées, des grandes puissances et des classes dominantes locales [6]. Ces politiques ont dégradé les conditions de vie d’une partie importante de la population, notamment dans les zones agricoles mais aussi en milieu urbain. (...)

On peut énumérer les mesures suivantes :
 la fin des subventions à une série de produits de consommation de base (aliments, combustibles de chauffage…) et de services (électricité, eau, transport), ce qui a augmenté le coût de la vie ;
 la politique de recouvrement des frais dans les secteurs de l’éducation et de la santé, ce qui a poussé les classes populaires à s’endetter pour payer les frais de scolarité et de santé ;
 la suppression ou privatisation des banques publiques, notamment celles en charge du crédit aux paysans, ce qui les a poussés dans les bras des usuriers et/ou des organismes de microcrédit ;
 la suppression des sociétés publiques qui achetaient aux agriculteurs des produits agricoles de base à des prix garantis fixés à l’avance ; cette suppression a eu des effets dramatiques lors de la chute des cours des produits agricoles sur le marché local ou mondial et a poussé à l’endettement ;
 la fin des stockages de céréales à charge des autorités publiques, qui permettait autrefois d’assurer la sécurité alimentaire en cas de mauvaises récoltes et d’autres événements négatifs. La fin des stockages a favorisé des augmentation subites et spéculatives des prix des aliments, et poussé les familles à s’endetter pour acheter des aliments à tout prix ;
 l’ouverture du marché interne à la concurrence des importations et des investissements étrangers, qui a entraîné la faillite de multiples entreprises locales et la misère de petits producteurs (agriculteurs, artisans…) ;
 la promotion accentuée de la révolution verte et du recours aux intrants chimiques (pesticides, fertilisants…) ou aux semences génétiquement modifiées (OGM), ce qui conduit les paysans à emprunter pour se procurer sur le marché les semences, les pesticides, les herbicides, les fertilisants avec l’espoir de pouvoir rembourser une fois réalisées la récolte et la vente sur le marché ;
 la privatisation des terres (voir les contre-réformes au Mexique en 1993, en Égypte à la même époque et dans de nombreux pays) ;
 l’accaparement des terres par des sociétés étrangères ;
 la réduction de l’emploi dans la fonction publique ;
 le blocage ou la baisse des salaires ;
 la généralisation de la TVA et des impôts indirects ;
 la réduction des retraites là où elles existaient