
« Nous avons besoin d’une vraie capacité d’analyse et d’expertise stratégique au ministère des Affaires étrangères, ce qui n’existait pas », « il y a besoin d’anticipation et d’une vraie vision prospective », « les ambassadeurs ont principalement des interlocuteurs institutionnels. Je veux mettre en place (...) d’autres réseaux qui permettent de faire des recoupements », déclarait martialement Michèle Alliot-Marie à Munich, le 6 février, en souhaitant que les ambassadeurs consultent davantage les milieux universitaires et économiques et la « société civile ». Dans son désir de justifier son aveuglement, et celui du président de la République, à l’égard du régime de Ben Ali, elle parlait d’or.
(...) Sauf que, deux jours auparavant, son porte-parole, Bernard Valero, avait approuvé l’interdiction que l’ambassadeur de France en Egypte avait faite aux chercheurs du Cedej, un laboratoire du CNRS dépendant du ministère des Affaires étrangères, et notamment à son directeur, Marc Lavergne, de s’exprimer dans les médias français.(...)
Si le gouvernement français estime ne pas avoir été informé de la nature des régimes autoritaires arabes, comme vient encore de le prétendre François Fillon, il n’a à s’en prendre qu’à lui-même, et non aux chercheurs, dont il pouvait au demeurant lire (ou faire lire) les livres ou les articles, ni même à ses diplomates qui, par exemple, dès 2003, avaient réalisé une remarquable enquête sur la jeunesse tunisienne. Et l’on ne voit pas en quoi l’interdiction faite au personnel du Cedej de s’exprimer dans les médias, pathétique illustration de ces affinités électives et de ces relations incestueuses tissées entre l’élite politique et administrative française et ses homologues des régimes autoritaires arabes (1), contribuera à l’information de nos dirigeants .(...)